Editoriaux - Politique - 4 janvier 2019

Juppé quitte Les Républicains : Alain, qu’as-tu fait de tes talents ?

Alain Juppé n’est plus membre du parti Les Républicains. Cela n’a rien d’une surprise : « Toute personne n’ayant pas renouvelé sa cotisation pendant deux années consécutives perd la qualité d’adhérent », disent les statuts. Pourtant, il avait toutes les qualités pour reconstruire la droite, la rendre plus authentique, s’il s’y était pris plus tôt et n’avait pas choisi, par facilité et par opportunisme, le chemin du conformisme bien-pensant qui l’a mené dans les bras de Macron.

Ceux qui l’ont connu en hypokhâgne, en 1962, au lycée Louis-le-Grand, se souviennent d’une sorte de Rastignac, à la fois discret et un peu distant, avec sa blouse bleue d’interne et sa calvitie naissante, venu de sa province à la conquête de Paris. Premier dans toutes les disciplines, sauf en thème latin. Sans doute une sympathie pour l’Algérie française, comme beaucoup de jeunes de droite, à cette époque. Ses camarades et ses professeurs disaient de lui qu’il était promis à un bel avenir.

Normale Sup’, agrégation de lettres classiques, Sciences Po Paris, ENA, un parcours à la Wauquiez, qui le conduisit rapidement à la politique, auprès de Jacques Chirac qu’il servit fidèlement, jusqu’à se sacrifier pour lui. Pendant quarante-deux ans, il eut un rôle actif au RPR, à l’UMP, un peu moins au LR. Mais, au lieu d’incarner une ligne conservatrice, qui a toujours existé à droite, de chercher à l’étayer et à la valoriser, il préféra en épouser les ambiguïtés les plus contestables.

Maire de Bordeaux depuis 1995, il est incontestablement un bon maire, il embellit la ville, développe son dynamisme. Mais il n’a pu s’empêcher de faire risette au boboïsme, comme s’il craignait de paraître trop traditionnel. Ou encore de faire le grand écart entre les inconciliables, comme en 2014 où il mit sur sa liste municipale des militants LGBT et un opposant déclaré au mariage pour tous. Preuve d’ouverture ou volonté de ratisser large ? Une telle mentalité ne pouvait que le conduire à se rapprocher de Macron, à l’instar d’un Bruno Le Maire qui eut, lui aussi, un parcours de cacique, et de quelques ex-Républicains plus médiocres.

Finalement, Alain Juppé est un exemple type de ces élites qui ont trahi leur mission en mettant leurs qualités plus au service de leur carrière que de leurs convictions. Se voulant moderne par crainte de paraître ringard, sautant de compromission en compromission, redoutant le reproche d’une trop grande proximité avec les valeurs traditionnelles de la droite, c’est tout naturellement qu’il a laissé tomber un parti qui ne lui servait plus à rien. Il pourra, désormais, se consacrer à sa prochaine et dernière élection de maire, peut-être trouver une place symbolique sur la liste européenne de Macron ou, tout au moins, jouer le rôle du mentor qui distribue les conseils.

Pas étonnant qu’une majorité de Français se méfient des politiciens. À voir le parcours d’Alain Juppé, la façon dont il a utilisé son parti, puis l’a délaissé, on peut se demander si la politique a pour objectif de promouvoir des individus ou des idées. Ses anciens camarades, qui l’admiraient dans sa jeunesse, les représentants de la droite authentique – s’il en reste – qui n’ont pas déserté le terrain des valeurs pourraient, au hasard d’une rencontre, lui poser cette question : « Alain, qu’as-tu fait de tes talents ? »

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