Editoriaux - Politique - 24 octobre 2018

Jupiter a regagné la Terre mais il peut y trouver une nouvelle grandeur

Quoi qu’il fasse, tout lui revient en pleine face.

Un remaniement sans éclat annoncé dans une ambiance crépusculaire avec des excuses minimalistes pour certains de ses propos, mais aucune pour telle ou telle de ses postures.

Un déplacement dans l’Aude pour apporter son soutien aux sinistrés et annoncer un certain nombre de mesures qui, si elles sont suivies d’effets, ne seront pas dérisoires. Mais on ne retient que le fonds de garantie de 80 millions d’euros, si éloigné dans son montant du préjudice incommensurable causé par des inondations qui, selon beaucoup de maires, étaient totalement imprévisibles et d’une violence sans équivalent.

La promiscuité délétère que son couple a entretenue avec l’improbable Mimi Marchand alors même qu’apparemment une distance, enfin, a été instaurée.

Sa résistance physique elle-même serait affaiblie et on glose sur sa fatigue et son visage marqué.

Il s’indigne à juste titre de ce braquage d’un professeur par un lycéen de 16 ans, enjoint à ses ministres de restaurer une autorité que sa philosophie trop généreuse paraît ne pas souhaiter à l’encontre de toutes les infractions.

On sent depuis longtemps que Jupiter, aujourd’hui moins flamboyant, n’a jamais eu la fibre régalienne dans le bon sens du terme. Sa part de gauche est emplie de mansuétude quand sa vision de droite ne serait pas loin d’en remontrer à la droite elle-même.

Les sondages semblent confirmer une tendance. Il n’est plus protégé par le Premier ministre qui, au contraire, abrité derrière lui mais sans être responsable le moins du monde de ce qu’une opinion majoritaire lui reproche, apparaît comme une valeur sûre.

Le parti LREM n’est plus tenu et il recherche éperdument, après le passage en coup de vent de Christophe Castaner, un autre président ; d’autant plus qu’il est parcouru par des tensions manifestant la montée d’ambitions personnelles – tous ou presque se voient maire de Paris – et une moindre inconditionnalité à l’égard du président de la République. Quand on envisage une Marlène Schiappa pour cette responsabilité, il y a là la démonstration d’un « fond de tiroir » !

Sur le plan international, la grâce et la nouveauté des débuts montrent leurs limites et sorti, pour les élections européennes, de l’opposition jamais argumentée entre progressistes et populistes, le Président semble démuni.

Et pourtant il cherche un second souffle. Un nouvel élan.

Il me semble que rien n’est impossible si on accepte de changer de monde et d’espérance.

L’ancien monde non seulement n’a pas débouché sur un nouveau monde mais il nous est devenu plus douloureux à supporter parce qu’on avait cru à son effacement. De nombreux naïfs comme moi, en tout cas. L’extraterrestre qui avait surgi dans l’espace politique s’est révélé, au bout d’une année, comme l’albatros de Baudelaire. Il a perdu de sa majesté. Il a regagné la terre. Extraordinaire, il a dorénavant quitté ce champ singulier pour se soumettre à l’ordinaire, rejoindre la banalité du pouvoir à cause de lui-même et d’un réel durablement récalcitrant.

Mais il n’y a pas encore de la médiocrité. Serait-ce tomber à nouveau dans l’absurde que de songer que ce second souffle n’est pas inconcevable ? À condition que nous abandonnions rêves et illusions au sujet de notre Président pour nous contenter d’une normalité qui, dans l’exercice national et international du pouvoir, non seulement ne sera pas pire qu’une autre, mais qu’il conviendra de créditer de ce qui l’aura précédée : une première année réussie, toute d’actions.

Ce second souffle ne sera également opératoire que si le Président lui-même accepte non pas de réduire ses ambitions pour la France mais de diminuer sa haute idée de lui-même. Il s’inscrit dans une lignée, il ne peut plus se dire à part. Mais il aura encore du grain à moudre jusqu’à 2022. Et le pire est loin d’être sûr !

Il nous a fait retomber, certes, sur le plancher des vaches. Qu’importe, si son second souffle lui permet de mieux présider que ses prédécesseurs.

Un peu plus de modestie pour une grandeur encore atteignable.

Extrait de : Justice au Singulier

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