Pourquoi le FN n’est pas près de prendre le pouvoir

Avocat
 

Plusieurs articles parus dernièrement analysaient les chances qu’avait le FN d’arriver au pouvoir. Aucun n’a abordé ce qui me paraît essentiel : l’impossibilité pour ce parti d’accéder aux responsabilités suprêmes, faute de pouvoir contracter la moindre alliance.

Le FN est devenu une sorte d’OPNI, Objet Politique Non Identifié : discours de gauche sur le plan économico-social, rhétorique de droite sur la nation, hostilité forte à l’Union européenne devenue le principal marqueur de la formation lepéniste. C’est, en gros, un positionnement politique qui fut celui du Parti communiste français entre l’après-guerre et l’élection de Mitterrand, marxisme-léninisme en moins.

Mais le PCF avait une perspective d’alliance permanente : l’Union de la gauche, même s’il l’a récusée dans ses périodes les plus sectaires. Quid du FN ?

J’entends la réponse passe-partout que les nouveaux dirigeants du FN réservent à cette interrogation : le temps va faire son œuvre et petit à petit, les méfaits du mondialisme convaincront les timorés d’aujourd’hui qui sont les ralliés de demain. Le parti de droite (qu’il s’appelle encore UMP ou autrement) va exploser, renforçant un FN devenu hégémonique, qui n’aura plus besoin de personne pour accéder au pouvoir.

Cette langue de bois elle-même justifie le rapprochement avec le PCF des décennies passées. Le parti de Thorez, Waldeck Rochet et Marchais nous a vendu pendant soixante ans la même utopie. Les « contradictions du capitalisme » allaient devenir progressivement inextricables, entraînant la chute finale. Dès lors, les éventuelles alliances avec les autres composantes de la gauche ne pouvaient avoir qu’un aspect tactique, en attendant le Grand Soir.

L’illumination rouge des consciences ouvrières n’eut pas lieu, et c’est le communisme qui s’effondra.

Qui peut être assez naïf pour croire à la fable d’un FN obtenant, à lui seul, la majorité absolue des sièges aux élections législatives ? Sous la Ve République, un tel scénario ne s’est déroulé que deux fois, en juin 1968 pour le parti gaulliste (les « élections de la peur ») et en juin 1981 pour le PS. Dans le premier cas, un contexte et un personnage historiques hors normes. Dans le second, un vieux parti enraciné dans la culture politique française, conduit par l’un des dirigeants les plus habiles et les plus charismatiques de la seconde moitié du XXe siècle. Dans les deux cas, une classe politique qui, bon gré mal gré, acceptait l’alternance avec le parti successeur.

Tout retour en arrière étant désormais impossible (une renonciation au discours de gauche ne ferait qu’accroître la confusion), on ne voit guère que deux suites possibles à la nouvelle orientation du FN.

La première est celle d’un parti qui s’incrusterait durablement comme parti de contestation, remportant le cas échéant des succès électoraux, sans jamais menacer sérieusement le pouvoir en place. Il pourrait alors, par sa pression permanente, bloquer certains projets ou en favoriser d’autres. Un rôle qui, là encore, fut celui du PCF jusqu’en 1981.

La seconde est celle d’une une évolution « à l’italienne ». Son homologue transalpin l’Alliance nationale, né en 1995 d’une scission du MSI (parti néo-fasciste certes plus sulfureux que le FN version paternelle), a progressivement poussé tellement loin le souci de faire oublier ses origines qu’il est devenu, sous la houlette de son président Gianfranco Fini, un parti centriste, avant de se fondre dans celui de Berlusconi. En 2003, devenu ministre, Fini fera régulariser 590.000 immigrés ; il réclame aujourd’hui un accès plus facile des étrangers à la nationalité italienne.

Marine Le Pen irait-elle aussi loin ? En tout cas, elle ne parle déjà plus d’islam, remplacé par le mot neutre et générique de « communautarisme », et l’Union européenne a remplacé l’immigration comme centre de préoccupation. En continuant de vendre ses bijoux de famille les plus clinquants, elle pourrait redevenir fréquentable pour les partis traditionnels.

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