À Strasbourg, ni merguez ni kebab au marché de Noël !

Journaliste

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 

Tant bien que mal, Strasbourg s’accroche mordicus à son image de capitale européenne que lui dispute sa rivale bruxelloise. Mais s’il est un titre homologué que personne ne conteste à la ville alsacienne, c’est sans aucun doute celui de capitale de Noël. Avec son scintillant marché de Noël à nul autre pareil, c’est un concept que Strasbourg exporte dans le monde entier depuis qu’elle a renoué avec la tradition la plus authentique. Après Tokyo l’année dernière, c’est à Moscou que les artisans alsaciens viennent de livrer, clés en main, un marché de Noël qui ne renie pas ses origines…

Ces origines sont à la fois païennes et chrétiennes, germaniques assurément – c’est à Nuremberg qu’est né le premier marché de Noël il y a quatre siècles – et ses identifiants strasbourgeois affichent clairement la couleur. Ici, pas de « laïcisation » édulcorée de l’appellation marché de Noël rebaptisée parfois « Parfums d’hiver » à Amiens ou « Soleils d’hiver » à Angers, pour ne pas froisser imams ou rabbins en pétard. À Strasbourg, de surcroît, le « Christkindelsmärik » de la place Broglie rappelle sans complexe et en lettres étincelantes sa dénomination initiale : « Marché de l’enfant Jésus ».

Car à l’origine en Alsace, ce n’était pas Santa Claus, le père Noël Coca-Cola, mais l’enfant Jésus en personne qui venait combler nos chères têtes blondes au pied du sapin… C’est encore – le choix du lieu est volontaire – autour de la cathédrale de Strasbourg, tour à tour protestante puis catholique, que les échoppes en bois de sapin, décorées de gui et de houx, proposent crèches et santons, guirlandes, boules de Noël, icones peintes de Biélorussie et miniatures en cristal des souffleurs de verre de Meisenthal. Plus loin, la place du Temple-Neuf (protestant) accueille le marché des saveurs avec ses parfums de cannelle, de barbe à papa et de vin chaud, de nougat et de pain d’épices au miel…

Cette année, la municipalité a fixé un nouveau règlement : certains produits qui ne correspondent pas à l’image de Noël ne sont plus autorisés. Cette « charte qualité » entend faire la chasse aux churros, hot-dogs, gadgets chinois et autres figurines fantaisistes sans rapport direct avec la région ou les traditions européennes. Ni merguez, kebab halal, falafels ou plats exotiques, mais des produits du terroir : miels des forêts vosgiennes ou de Forêt-Noire, gaufres du plat pays flamand, fougasses provençales… On s’y régale de flammekueche alsaciennes, de presskopf ou de foie gras, de bredele (petits gâteaux secs de Noël), de bières d’abbaye ou de sucettes à l’anis que même France Gall aurait appréciées… Une discrète ambiance musicale de chants traditionnels – Stille Nacht plutôt que Jingle Bells – accompagne votre périple vers le marché des sapins de Noël, épicéas des vallées vosgiennes, que les réfugiés alsaciens après 1870 avaient fait connaître à leurs compatriotes de « l’intérieur ».

Certes, le marché de Noël de Strasbourg, sacré meilleur marché de Noël d’Europe par la plate-forme d’e-tourisme European Best Destinations, aura bien du mal à garder son âme d’origine. Face à l’engouement croissant qu’il rencontre (près de deux millions de visiteurs cette année), vous aurez du mal à éviter la bousculade des heures d’affluence et… les inévitables pickpockets roumains 1 qu’il attire. On pourra toujours se replier vers les petits marchés de Noël qui ont essaimé en Alsace, à Sélestat, Riquewihr ou Kaysersberg, ou de l’autre côté du Rhin à Fribourg-en-Brisgau et Baden-Baden. Célébrer Noël ou Weihnachten (la nuit sacrée) en terre rhénane, c’est revenir à l’enchantement des premiers Noëls de notre enfance… Scheni Wihnachte, joyeux Noël !

José Meidinger
Journaliste
Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

Notes:

  1. La police roumaine a d’ailleurs dépêché l’une de ses équipes pour seconder leurs collègues alsaciens.

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