Scènes de la misère ordinaire en Grèce, désespoir d’un peuple exsangue…

Journaliste

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 

Sans vergogne, le gouvernement grec — qui aurait pu passer son tour — a célébré en grande pompe, la semaine dernière, sa prise de fonction à la tête de la présidence semestrielle de l’Union européenne, oubliant un peu vite qu’il lui devait sans doute la plupart des maux qui frappe le pays. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la longueur des files d’attente devant les guichets où l’on vient s’inscrire au chomdu qui touche aujourd’hui près d’un tiers de la population, 36 % des jeunes de moins de 25 ans. Scènes de la misère ordinaire en Grèce, désespoir d’un peuple exsangue, au bout de cinq ans de crise…

Les parents de Fotis se sont saignés aux quatre veines pour que leur fils puisse terminer ses études d’architecture. Voilà deux ans, explique-t-il dans le Griechenland Zeitung, que le jeune architecte diplômé est au chômage : depuis le début de la crise, l’activité du bâtiment et des travaux publics a chuté de plus de 70 % et la plupart des chantiers sont à l’arrêt. Fotis avait bien trouvé un emploi de vendeur dans un magasin de bricolage mais son entreprise, comme 206 000 PME grecques, n’a pas résisté à la crise, faute de clients. Son allocation de chômage, de 360 euros par mois, ne sera pas reconduite au-delà d’un an. Puis plus rien, pas de RSA…

La fin de son allocation chômage coïncide également avec l’expiration de sa couverture sociale. À Athènes, les permanences médicales gracieuses ne désemplissent pas : trois millions de Grecs ne sont plus couverts médicalement, soit près d’un habitant sur trois ! « C’est une véritable crise humanitaire à laquelle nous assistons. Et dire que nous sommes dans un pays soi-disant développé, de la Communauté européenne… », s’indigne le docteur Nikitas Kanakis, l’un des 600 volontaires de Médecins sans frontière en Grèce.

Le psychiatre grec Voyatzis a ouvert un centre de prévention contre le suicide, sujet longtemps tabou dans nos sociétés occidentales. Mais même en Grèce, on ne peut plus ignorer un phénomène qui prend de l’ampleur depuis le début de la crise. Et on a du mal à comprendre que l’Église orthodoxe – qui gère pourtant généreusement les restos du cœur – rechigne toujours à accorder une sépulture chrétienne aux désespérés qui mettent fin à leurs jours. Leur nombre a augmenté de 43 % d’une année sur l’autre. « C’est un triste record du monde !  », constate, impuissant, ce praticien de l’ultime désespoir. En avril dernier, un pharmacien retraité s’est tiré une balle dans la tête devant le Parlement grec, laissant ce message : « Je préfère mourir dans la dignité, plutôt que de vivre dans la honte de faire les poubelles, pour survivre. »

La « présidence de l’espoir », a fanfaronné l’autre jour le Premier ministre grec, en prenant la barre du bateau ivre européen. « N’accuse pas la mer de ton naufrage… », avait pourtant prévenu le sage, avant de se noyer…

Envie que vos amis découvrent cet article ?
Partagez-le !

Recevez gratuitement nos articles !


Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.