Marine : « Provinces, je vous hais ! »

Journaliste

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 

La présidente du FN veut supprimer les treize régions métropolitaines françaises en cas de victoire à la présidentielle de mai prochain.

« Provinces, je vous hais ! », voilà comment Charles Maurras avait stigmatisé le jacobinisme de Léon Blum, un jacobinisme rampant qui renaît de ses cendres là où, a priori, on ne l’attendait pas… « Provinces, je vous hais ! » La présidente du FN veut supprimer les treize régions métropolitaines françaises en cas de victoire à la présidentielle de mai prochain. Invitée de Jean-Jacques Bourdin cette semaine sur BFM TV, Marine Le Pen souhaite que la France soit réduite à « trois strates » : la commune, le département et la nation. D’un coup de balai, elle propose d’effacer, institutionnellement en tout cas, la Bretagne, la Normandie, l’Occitanie, Même la gauche, en les diluant, n’avait osé aller jusque là… Pour le FN, il n’est de bon bec que de Paris et de ses 101 départements…

Pas question de remplacer les régions technocratiques de François Hollande, on les abolit et l’on se contentera des départements.

« La disparition des grandes régions artificielles, explique-t-elle, permettra le retour de nos régions culturelles : la Bretagne, l’Alsace, la Picardie… qui d’ailleurs n’ont pas attendu 1986 et la création des collectivités territoriales pour exister. » Favorable à la suprématie des départements, Marine Le Pen s’est donc logiquement prononcée contre la renaissance institutionnelle des régions, dont l’identité culturelle ne sera pas pour autant encouragée.

« Provinces, je vous hais ! » C’est avec la même vigueur que le FN dénonce les cultures régionales. Vous parlez picard, provençal, alsacien ou breton ? La reconnaissance de cette tradition, serait un « attentat » contre « l’unité de la France et l’indivisibilité de la République », selon les termes de Florian Philippot dans un communiqué publié en juin dernier, puisque cette reconnaissance risque, selon le même, de « balkaniser la France ».

Certes. Mais pour en revenir au pourfendeur de Blum, même le chantre du nationalisme intégral, Charles Maurras, n’avait pas renié la dimension charnelle de nos régions que la Révolution avait voulu anéantir. « En découpant la France comme matière inerte en départements tracés arbitrairement sur la carte, la Convention a anéanti ces admirables cadres historiques où les hommes, unis par l’identité des souvenirs, de la langue, des mœurs, des intérêts, pouvaient bien s’entendre pour s’occuper de tout ce qui les touchait de près. »

Et Maurras de donner ce conseil qui n’a rien perdu de son actualité dans le débat rouvert fort opportunément par Marine Le Pen : « Qui voudra réorganiser notre nation devra en recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste doit commencer par une ébauche de fédération […] l’État redevenu la Fédération des régions autonomes. »

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

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