L’euro : même la Turquie n’en veut plus !

Journaliste

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 

« Avant, je remplissais mon caddy pour la semaine avec 100 francs », témoigne Julia, une jeune mère de famille. « Aujourd’hui, même avec 20 euros, je n’y arrive plus. »

Cette impression est largement partagée : selon toutes les enquêtes d’opinion, une majorité de Français pense que l’introduction de l’euro – qui fête cette année ses dix ans – a accentué la hausse des prix.

Des tomates à 14,76 Francs le kilo en 2002 ? Personne n’en aurait acheté à ce prix-là ! Quand « on » veut nous faire croire que les prix ont juste suivi l’inflation, tous les chiffres sont bidouillés.

Mais les Français ne sont pas les seuls à se plaindre, et l’euro semble dissuader plus d’un État jaloux à juste titre de sa monnaie nationale.

Qui entend encore parler des prétentions turques d’entrer dans l’UE? La Turquie ne veut plus de l’Europe, la situation de son voisin grec lui sert de leçon. Pour être allé en Turquie récemment, la majorité des Turcs m’ont dit qu’ils ne voulaient plus de l’Europe ni de l’euro et qu’ils pensaient que l’union européenne courrait à la catastrophe. Évidemment vous n’entendrez jamais ce discours dans les média officiels, pas plus que l’on y reconnaîtra que la Suède, qui a refusé l’euro, connaît depuis dix ans une croissance bien supérieure à la France et à la zone euro.

On vous servira Élie Cohen qui s’est trompé sur toute la ligne ou l’ineffable Attali qui n’est pas à une contradiction près… « L’élite européenne, dans son arrogance, a verrouillé le continent dans un système monétaire qui recrée les rigidités de l’étalon-or, et, comme l’étalon-or dans les années 1930, s’est transformé en un piège mortel » écrivait Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008, le 23 octobre dernier dans le New York Times.

D’autres chefs de gouvernements ne sont pas pressés de rejoindre la zone euro: « Dans l’immédiat, je ne vois pas de bénéfices à rentrer dans la zone euro, mais plutôt que des coûts » a affirmé le ministre des Finances bulgare Simeon Djankov dans un entretien au Wall Street Journal. « C’est trop risqué pour nous et les règles n’apparaissent pas claires aujourd’hui, pas plus que dans un an ou deux. »

Si la Grèce, comme la Bulgarie, la Roumanie ou encore la Pologne, avait eu les mêmes appréhensions, elle n’en serait pas là où l’euro l’a condamnée. Pour redevenir compétitive, elle pourrait dévaluer sa drachme plutôt que de plonger son peuple dans la misère en taillant à la hache dans les salaires, les emplois et les budgets sociaux d’un peuple déjà très éprouvé.

Ironie de la « tragédie » grecque, l’ancien Premier ministre, Georges Papandreou, toujours député du Pasok – le parti socialiste – à l’origine de tous les maux de son pays, a repris ses cours d’économie à la prestigieuse université de Harvard, dans le Massachusetts. Selon la presse grecque, le salaire du nouveau professeur serait de 46 000 euros par mois. Et la Toile grecque de se gausser de cette incroyable reconversion, avec, par exemple, cette caricature d’un étudiant faisant la manche, affublé d’une pancarte portant l’inscription : « S’il vous plaît, aidez-moi, mon professeur à Harvard était Papandréou, je n’ai aucun avenir. » Nombre de blogueurs suggèrent que son salaire soit reversé à l’État grec pour rembourser la dette abyssale du pays. D’autres, plus amères, rappellent que Georges Papandréou a réussi à transformer la Grèce, pays paisible et onirique, en un cas d’école économique et politique à ne pas suivre.

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