Le jour où Hollande est tombé à 4 %

Journaliste
 

Lundi 2 juin 2014. Le dernier sondage IFOP vient à peine d’être publié que les rédactions s’emballent : le président Hollande ne recueille plus que… 4 % d’opinions favorables. « Putain, c’est encore moins que Hitler en 1946 ! » lança un pigiste qui se croyait hors antenne sur BFM.

Depuis des mois, tous les records étaient écrabouillés, mais les élections européennes du 25 mai ont sans doute été le coup de grâce, l’épisode final d’une série cauchemardesque. Les unes de la presse sont autant de couronnes mortuaires : « Le président en enfer » (Le Figaro), « 4 % de matière Grèce » (Libération), « Les Français rejettent monsieur Hollande » (Le Monde), « Thuram : il faut un Président noir ! » (Le Parisien).

La chute finale a commencé sans aucun doute le 14 novembre quand le président a soudain plongé de 6 points, passant à 15 % d’opinions favorables (sondage YouGov pour le Huff Post et i>Télé). La révolte des bonnets rouges, la grève des sages-femmes, les manifs des flics, le boycott des écoles par les parents, le mouvement des enseignants contre la réforme Peillon, l’augmentation infinie de la courbe du chômage couplée aux multiples plans de licenciements, tout a fini par fusionner en une gigantesque bronca contre le pouvoir. Les sifflets humiliants du 11 novembre n’étaient donc qu’un apéritif.

Certes, la bérézina des municipales de mars était attendue, même si de nombreuses triangulaires ont permis à des socialistes de survivre, la droite refusant tout accord avec le FN. Mais c’est le retour de Leonarda, le 1er avril, qui fit descendre le Président sous les 10 % !

La jeune Kosovare, invitée dans Le Grand Journal, déclara que la France était « un pays raciste et qu’il fallait qu’elle change très vite de Président ». Entre-temps, en effet, l’arrestation brutale d’un jeune sans-papiers turco-moldave en possession d’un important stock d’armes, filmée par un jeune de banlieue, avait provoqué une immense manifestation de lycéens dans toutes les grandes villes « contre le retour de Vichy ». L’adolescent de 14 ans avait pourtant été condamné à 78 reprises pour divers motifs dont une dizaine d’agressions sexuelles. François Hollande avait pourtant dû, une fois de plus, reculer, comme pour la réforme Peillon (supprimée en mars) et faire libérer le clandestin qui déclara être un simple « collectionneur de Kalachnikov stigmatisé ». La démission de Manuel Valls trois jours plus tard fut saluée dans un tweet incendiaire de Cécile Duflot : « Pétain enfin éjecté. On respire mieux. Fin des rafles. »

Le score effroyable du PS au scrutin européen (9 %) et la flambée du FN ( 1er avec 26 %) ont secoué le président. Les images de Jean-Marc Ayrault en larmes à l’annonce des résultats resteront gravées dans les mémoires, rendant sa chute en direct sur le plateau de France 2 (il tomba de sa chaise) encore plus pathétique. Une semaine après le sondage, le Président, refusant toute idée de dissolution, appela Ségolène Royal à Matignon.

Joris Karl

Cet article vous a plu ?
Cliquez sur J'aime !

Recevez gratuitement nos articles !


AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.