Décès

Johnny Hallyday, l’humilité chevillée au corps

 

Lorsque Alain Delon mourra – le plus tard possible, cette année on a eu notre dose de disparitions ! –, je pense que la France sera sidérée car un titan disparaîtra. Mais un titan ténébreux, secret, distant même.

Au-delà des goûts des uns et des autres, avec Johnny Hallyday, c’est une figure rassurante et affectueuse qui tire le rideau, comme nombre de ses fans ne cessent de le dire depuis qu’ils ont appris la mort de leur idole. Cet homme, qui venait du bas, n’a jamais oublié, arrivé en haut, que ceux d’en bas existaient toujours et méritaient le respect. Oui, Johnny aimait son public avec qui il se découvrait cette « émotion particulière », avouait-il avec pudeur.

Souvent raillé par des prétentieux écoutant pousser leur vanité – comme d’autres écoutaient pousser leurs cheveux, chantait jadis Jacques Brel –, ce public recevait en retour l’attention généreuse de son idole : 182 tournées, quelques milliers de concerts, que Johnny Hallyday donnait avec un enthousiasme ahurissant.

Gilles Lhote, auteur de Johnny, le guerrier, expliquait il y a peu que « l’un des secrets de la vitalité et de l’éternelle jeunesse de Johnny, c’est cette espèce de communion qui est presque mystique, chamanique, avec ce public » (20minutes).

Parmi le public de Johnny Hallyday, il y avait donc une foule de petites gens qui venaient chercher dans ses concerts, et en écoutant ses albums, un répit enchanté à leurs existences pénibles :

« C’est la seule personne qui a réussi à rassembler tous les gens, de droite comme de gauche, les riches, les pauvres, »

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explique avec nostalgie un anonyme sur France 2.

On raconte que c’était un surhomme, mais c’était d’abord un homme qui avait ce sincère intérêt pour quiconque le rencontrait. « D’une simplicité, d’une gentillesse », dit un homme d’un certain âge, tout en brandissant une effigie du chanteur devant son domicile de Marnes-la-Coquette où il est décédé.

Une initiative récente de soutien d’un de ses admirateurs est d’ailleurs révélatrice de ce que Johnny Hallyday pouvait susciter : « Le jeudi 30 novembre […] un prêtre de l’Ain explique avoir accepté la demande de son paroissien de célébrer une messe pour le rocker français » (Le Figaro). Johnny Hallyday, c’était aussi l’homme qui portait fièrement une croix, dont une très rock’n’roll puisque le Christ y arborait une guitare !

Quant aux artistes, Michel Polnareff, Gilbert Montagné, Jean-Jacques Debout, etc., ils sont unanimes : le Taulier était bienveillant.

Alors, oui, on peut discuter de son talent – bien réel, au demeurant – mais on ne vend pas près de 68 millions de disques rien qu’en France, et environ 110 millions en tout, on ne reçoit pas autant d’hommages et de larmes sans raison.

Certes, pour ce qui me concerne, les morts de Jean Ferrat ou David Bowie m’ont plus affecté, mais Johnny Hallyday était « une force qui va », pour reprendre la formule de Victor Hugo dans Hernani. Une force qui s’en est allée après avoir illuminé des vies abîmées, ce qui n’est pas à la portée de tous.

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