Cage aux phobes

JoeyStarr harcelé par les ligues de vertu homosexuelles

Journaliste, écrivain
 

Une fois n’est pas coutume, il est des soirs où l’on ne regrette pas de ne s’être pas couché, même devant Laurent Ruquier. Ce samedi dernier, JoeyStarr (Didier Morville à l’État civil) vient présenter son dernier livre, Le Monde de demain, coécrit avec l’excellent Philippe Manœuvre, ancien patron du tout aussi excellent mensuel Rock & Folk.

En face, l’infernal binôme Yann Moix et Christine Angot. Le premier ne la ramène pas trop. Délicat de causer rock devant Manœuvre, au risque d’être ridicule et de hausser le ton devant Morville, prenant, là, celui de s’en prendre une. La seconde n’est guère plus à l’aise. Macho assumé, du genre « donne du rhum à ton homme », le chanteur incarne à peu près tout ce qu’elle vomit. Mais comme il est aussi d’origine martiniquaise, comment le prendre bille en tête sans passer pour une méchante raciste ? Le métier de chroniqueuse audiovisuelle n’est décidément pas de tout repos.

Pour tout arranger, les deux invités sont complices et cela se sent. Ne prennent pas la reine de l’autofiction tout à fait au sérieux et cela se voit. Christine Angot tourne donc autour du pot, entre « tête de six pieds de long » et phrases à tiroirs.

« Vos journées doivent être plus longues que les miennes », sourit JoeyStarr. Elle ne comprend pas.
« C’est de l’humour », lâche-t-il, narquois. Comprendre : l’ancienne « petite amie de Doc Gynéco » a tendance à théoriser du soir au matin.

Cette dernière tente alors de le lancer sur le Code noir de Colbert, espérant manifestement réveiller l’enfant d’esclave sommeillant en lui. JoeyStarr soupire. C’est l’heure de l’apéro, pas du sermon. Il assure donc vouloir vivre plus dans le présent que le passé. Chercher en lui sa part de féminité ? Ce n’est pas la bonne adresse non plus. Surtout en matière de cinéma, lui qui préfère tout ce qui est « franchouillard », les « films de Jean Gabin et de Lino Ventura »…

Là où tout commence à tourner au vinaigre, c’est lorsque Didier Morville, avec sa bouille de plus en plus hilare, raconte une soirée passée en compagnie de Sinclair et d’Élodie Frégé, ses anciens comparses du jury de « La Nouvelle Star ». Bordée qui s’achève façon Singe en hiver, dans un « bar à prostiputes » avec une Élodie Frégé dansant sur les tables.

Et Alain Manoukian, le quatrième juré, où était-il ?

« Parti se coucher ? » demande Laurent Ruquier.
« Ouais ouais, c’est une grosse tarlouze ! », répond JoeyStarr.
Le public rigole. Christine Angot, beaucoup moins. Malaise…
« Ne nous méprenons pas, j’ai une façon de parler, je parle comme un commis garagiste… », corrige-t-il.
Et la mère Angot de remonter à l’assaut : « Quand on vous entend dire que c’est “une grosse tarlouze”… »
«Je m’en cogne ! » conclut-il.

Inutile de préciser qu’il ne s’agit là que d’une expression, et pas que de garagiste. Alain Manoukian, par ailleurs vieil ami de l’insolent, est de plus connu pour être un fieffé trousseur de jupons. Le non-incident aurait pu en rester là, mais non.

Dès le lundi, L’Amicale des jeunes du Refuge, association homosexuelle, s’indigne très fort dans ce tweet : « Manoukian il allait se coucher. Ouai ouai c’est une grosse tarlouze ; rire gras dans le public et sur le plateau. L’#homophobie encore une fois banalisée à la Tv et sur le service public. Nous saisissons le@csaudiovisuel. »

Ne reste plus qu’à savoir quelles suites judiciaires le CSA donnera à l’affaire, sachant qu’on ne saurait actuellement rien refuser à ces nouvelles ligues de vertu.

Contre le puritanisme ambiant, le JoeyStarr qui se rebiffe ? Michel Audiard aurait sûrement « kiffé ».

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