Assassinat de Jo Cox - Royaume-Uni

Joanne Cox est morte pour ses idées : nous ne pouvons que la pleurer…

Journaliste et essayiste

Députée de l'Hérault. Directrice de publication de Boulevard Voltaire

 

Avant toute chose, un préalable, une exigence, un devoir moral, un simple signe d’humanité : il nous faut pleurer la mort, l’assassinat de Joanne Cox, cette députée travailliste mortellement blessée devant la bibliothèque municipale de Birstall où elle tenait sa permanence. Et dire notre compassion pour son mari, nos pensées pour ses deux enfants – 5 ans et 3 ans – aujourd’hui orphelins.

Il nous faut aussi rappeler que si rien, à l’heure qu’il est, ne permet (comme le font certains) de dépeindre son assassin comme un « néo-nazi » — à entendre son frère, il serait plutôt un malade mental — à l’inverse, rien non plus ne vient étayer la thèse du complot dont certains se repaissent déjà.

Si les opposants au Brexit n’ont pas hésité à attiser les peurs, si la campagne a pris un tour de plus en plus violent alors que les derniers sondages donnaient gagnants les partisans de la sortie de l’Europe, on ne voit pas ce qui permettrait aujourd’hui d’en conclure que les milieux favorables à Bruxelles auraient ourdi un tel complot.

Restons-en aux faits : un Anglais de 52 ans, Tommy Mair, a tué par balles en pleine rue, en criant des slogans nationalistes selon certains médias, une jeune femme de 41 ans. Une mère de famille qui a travaillé pendant une dizaine d’années dans des organisations humanitaires comme Oxfam, ayant sillonné le monde, y compris des zones de conflit. Une députée qui faisait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Une travailliste militante de la cause des réfugiés.

On peut être hérissé par ces engagements. On peut juger qu’elle se trompait, que le Brexit, loin d’être la catastrophe annoncée, pourrait au contraire donner un nouveau souffle à la Grande-Bretagne, et que le plus gros risque encouru est probablement celui qu’il ferait prendre à l’Union européenne si la sortie de cet État membre en annonçait d’autres… On peut estimer que son engagement en faveur des réfugiés ne servait qu’à accélérer la chute de la culture, de la civilisation britanniques, par trop diluée et déjà minoritaire dans certaines grandes villes.

On peut penser tout cela. Il n’empêche. Cette jeune femme avait des convictions et se battait pour elles.

Son mari a évoqué son engagement en ces termes : « Elle croyait en un monde meilleur et se battait pour cela chaque jour. » En cela, elle était plus que respectable. Les libertés d’opinion et d’expression sont choses sacrées sur Boulevard Voltaire. Jeudi, une mère de famille engagée est morte pour ses idées. Nous ne pouvons que la pleurer.

Députée de l'Hérault. Directrice de publication de Boulevard Voltaire

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