Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 3 novembre 2018

Jérôme Cochet : « Malgré cet attentat, les coptes veulent rester sur leurs terres ! »

Après l’attaque revendiquée par l’État islamique en Égypte contre un bus transportant des chrétiens coptes, attentat qui a fait sept morts, Jérôme Cochet, de SOS Chrétiens d’Orient, depuis Le Caire, fait le point sur la situation de la plus importante communauté chrétienne d’Orient.

Un attentat de fidèles coptes a fait au moins sept morts. Vous qui êtes sur place, pourriez-vous nous donner des nouvelles de la situation ?

En réalité, nous n’avons pas beaucoup d’éléments, à part les informations que nous pouvons trouver dans les médias. Mais nous avons beaucoup d’amis chrétiens coptes, ici, au Caire, et dans les villes où nous sommes présents. Ils sont très attristés et marqués par ce qui s’est passé. Leur crainte est de voir la situation s’envenimer. Il est vrai que, lorsqu’il y a des accès de violence comme celle-ci, cela se réplique souvent dans d’autres localités.
Je viens de voir qu’il y avait un prêtre qui avait été agressé au couteau dans une ville proche d’Alexandrie. Cependant, nous n’avons pas encore d’éléments fiables à ce sujet. Nous préférons donc attendre encore avant de réagir et de recouper nos sources.
Il faut se rappeler que la communauté copte est très fière de son identité. Ils sont très soudés entre eux, et ils réclament justice.

On aurait pu penser qu’avec la fin du pouvoir des Frères musulmans et l’avènement d’Al-Sissi, les attentats contre les coptes auraient cessé ou se seraient, au moins, calmés. Peut-on dire que la situation est meilleure qu’il y a quelques années auparavant, ou bien cela est-il en train d’empirer ?

Il est vrai que le contexte est meilleur qu’en 2011, lors de l’élection du président Morsi. Lorsque le président Al-Sissi est arrivé au pouvoir, il a mis des moyens dans l’armée pour régler ces problèmes de sécurité. Il a, notamment, conduit l’opération Sinaï 2018, durant laquelle l’armée avait combattu Daech dans le Sinaï.
Mais il reste beaucoup à faire, notamment dans le sud de l’Égypte. La haute Égypte est une région très pauvre où chrétiens et musulmans vivent ensemble, mais où il y a également beaucoup d’extrémisme islamiste. La confrérie des Frères musulmans y est très active, très présente. Et on y constate une recrudescence des actes antichrétiens.
Il faut se rappeler qu’en mai dernier, une attaque sur une route parallèle à celle visée hier n’a pas fait sept mais vingt-huit morts. Les victimes venaient du même monastère. Un de mes contacts chrétiens dans le sud me disait qu’ils avaient l’impression d’être considérés comme des détails. En réalité, cette route qui mène à ce monastère est connue, et il est possible de la sécuriser. Savoir cela les met en colère.

Beaucoup de chrétiens, en Syrie et en Irak, voulaient quitter leur pays. Est-ce également le cas des coptes d’Égypte ?

En effet, certains chrétiens veulent partir pour des questions économiques ou de sécurité, mais dans des proportions bien moindres qu’en Syrie ou en Irak.
En Irak, il y avait un million de chrétiens, il y a quelques années. Il en reste, aujourd’hui, 300.000, selon les estimations les plus hautes. En Syrie, il reste un peu plus d’un million de chrétiens.
En Égypte, la situation n’est pas comparable. Près de 10 % de la population est chrétienne. Ce qui donne un chiffre qui oscille entre dix et quinze millions. Il y aurait trois millions de chrétiens coptes à l’étranger, en Australie, en France, en Angleterre, aux États-Unis. En Égypte, il reste entre dix et quinze millions de chrétiens. C’est une communauté très soudée, qui se retrouve particulièrement lors des fêtes chrétiennes. Ils sont très présents dans leurs églises. Cette communauté a retrouvé une certaine vigueur sous le pontificat du dernier pape ; ils veulent vraiment continuer à être présents chez eux, sur leur terre. Il faut comprendre : l’Égypte a été évangélisée au IIIe siècle par saint Marc. C’est leur terre, ils ont toujours vécu ici, c’est ici que sont leurs racines, là où ont toujours vécu leurs ancêtres. Ils ne veulent pas laisser leur communauté être envahie par la peur. Ils ne veulent pas partir pour des raisons comme celle-là.

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