Médias contre réinfosphère : les politiques pris entre deux feux

Ancien député européen, essayiste.

Président de Polémia.

 

Avant, la politique, c’était facile !

Pour réussir, la recette était simple : des clins d’œil aux minorités (ethniques, religieuses, sexuelles, idéologiques) et de bons éléments de langage pour les médias. « Soyez politiquement correct – ou, à défaut, lissez vos propos – et tout vous réussira. » Telle était la règle.

Alain Juppé a connu ce parcours exemplaire. Attaché à l’identité nationale comme président du Club 89, il a viré sa cuti à la fin des années 1980. Depuis, sa rectitude politiquement correcte a été admirable. Il en a été récompensé en étant promu par les médias comme le futur président de la République. Mais « Ali » Juppé a fait trébucher Alain Juppé. Les liens du maire de Bordeaux avec l’imam UOIF Tareq Oubrou ont été remarquablement décrits sur l’Observatoire de l’islamisation. Ce qui a valu au maire de Bordeaux le surnom d’« Ali » Juppé. Un sobriquet qui a fait le tour du Web. Bye bye, Juppé : médiasphère 0 ; réinfosphère 1.

Juppé est la première victime de la réinfosphère ; ce ne sera pas la dernière ! Les hommes politiques vont devoir apprendre à se garder sur leur droite.

À peine porté sur le pavois par les adversaires d’« Ali » Juppé, Fillon découvre à son tour les charmes de l’information alternative. Son porte-parole, Jérôme Chartier, va chez Elkabbach pleurnicher à propos des attaques dont il se dit victime de la part de la « fachosphère ». La raison ? L’invitation, aux Entretiens de Royaumont qu’il préside, de… l’imam UOIF Tareq Oubrou. Une présence évidemment rapportée sur la réinfosphère.

Fillon n’est pas davantage ménagé : son inauguration – à côté d’une fillette de 8 ans voilée – de la grande mosquée d’Argenteuil a beaucoup circulé sur le Net. Tout comme sa rencontre avec l’imam radical de la mosquée – désormais fermée – de Stains. Voilà un candidat qui va aussi devoir apprendre à se garder du politiquement correct !

La leçon vaut aussi pour le FN officiel. Se rapprocher de la gauche sociétale – la gauche Macron – plaît dans les médias. Soutenir la philosophie de backroom de la campagne gouvernementale sur le VIH comme l’a fait Philippot a sans doute séduit Europe 1 mais a produit un buzz négatif sur les réseaux. Et la mise en cause de Marion Maréchal-Le Pen par le même Philippot a valu à la députée du Vaucluse un puissant soutien sur la Toile.

Allons plus loin : « Moi, je crois que oui [l’islam est compatible avec la République]. Un islam tel que nous l’avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions. » Cette affirmation de Marine Le Pen n’a pas seulement surpris les historiens, elle a aussi semé le trouble sur la Toile. Sur Twitter, Pierre S. (François Desouche) écrit : « Quand MLP dit que l’islam est compatible avec la République, elle fait une erreur stratégique et ment. » Car si le parti, c’est « Tais toi ou prends la porte », le réseau, c’est la liberté de parole.

Bref, les hommes politiques devraient changer de logiciels. S’émanciper de la doxa médiatique. Et prendre en compte l’opinion des réseaux. Sinon, il faut s’attendre à d’autres accidents industriels. « Ali » Juppé pourrait être le premier d’une longue série !

Président de Polémia.

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