Rien ne va plus en Afrique du Sud

Marchand de vins et écrivain
 

Beaucoup croyaient que, sortie en 1994 du système d’apartheid qui gouvernait ce pays, l’Afrique du Sud allait, dans la foulée de la présidence Mandela, voguer vers le bonheur et la justice pour tous. On constate aujourd’hui que Mandela n’était qu’un bien gros arbre qui cachait une immense forêt de gabegie et de corruption que l’observateur moyen ne pouvait prévoir.

L’édifice économique sud-africain était tellement solide qu’on avait du mal à croire qu’un jour il pourrait être menacé. Vingt ans après l’avènement de l’ANC (African National Congress/Congrès national africain), on commence à comprendre que la toute-puissance du gouvernement de Jacob Zuma et, avant lui, celui de Thabo Mbeki, sont en train de mettre à mal le colosse de l’Afrique australe. Espérance de vie de 56 ans alors qu’elle était de 64 ans du temps du pouvoir blanc, croissance en berne, chute impressionnante du rand (la monnaie locale), chômage en hausse, corruption à tous les étages, gestion catastrophique de tous les secteurs paragouvernementaux (mines et électricité) : Johannesburg, ville phare du monde des affaires, n’a parfois plus que quatre heures d’électricité par jour.

La politique de discrimination positive qui consistait à favoriser l’avènement d’une classe moyenne noire s’est transformée en effroyable course à l’argent facile avec la complicité du pouvoir en place. Ces nouveaux riches, qu’on appelle aujourd’hui les Black Bling Bling, se sont infiltrés dans les allées du pouvoir jusqu’au plus haut sommet de l’État et pèsent de tout leur poids sur les décisions gouvernementales.

Dernier scandale en date après la construction, au coût de plusieurs millions de dollars, de la villa personnelle de Jacob Zuma, celui de l’interférence de plus en plus grande d’une richissime famille indienne, les Gupta, dans les affaires sud-africaines, avec à la clé d’énormes contrats de toutes sortes qui sentent la corruption à plein nez.

Au Parlement aujourd’hui, Jacob Zuma n’a plus que le rire à opposer à l’opposition qui le questionne sur des décisions pour le moins contestables : sa gestion des manifestations de mineurs de Marikana au cours desquelles la police avait tiré sur la foule en 2012 et fait près de 50 morts, le licenciement du respecté ministre des Finances Nhlanhla Nene, qui s’opposait souvent à certaines de ses décisions, notamment dans le domaine du nucléaire. Un rire moqueur qui traduit bien l’impunité dont il fait preuve et qui pourrait bien causer sa perte au sein même de l’ANC, dont il a pourtant dit récemment qu’il était plus important que le pays lui-même …

Dans l’indifférence générale, puisqu’il n’est pas politiquement correct de le dire, près d’une centaine de fermiers blancs, qui assurent toujours vaille que vaille l’essentiel de la production agricole du pays, ont été tués sur leurs fermes en 2015, probablement en vertu des déclarations du politicien d’extrême gauche Julius Malema qui répète publiquement : « Un fermier, une balle… » Tout ça sent le Zimbabwe voisin à plein nez…

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