Même chez les gendarmes… Le général Favier dénonce le bordel !

Ancien officier de Gendarmerie

Diplômé de criminologie et de criminalistique

 

Depuis 2009, Nicolas Sarkozy a fait passer la gendarmerie sous la coupe des civils du ministère de l’Intérieur. Dans ce contexte nouveau et complexe, il est intéressant de noter la communication sans concession du patron des gendarmes.

Le général Favier, récemment nommé au poste de directeur (DGGN), sortant de sa réserve, a poussé il y a quelques jours un cri d’alarme pour ne pas dire un coup de gueule.

Ce général, qui a fait une grande partie de sa carrière au GIGN, est un homme de terrain qui connaît parfaitement l’institution. Peu sensible au monde politique, il n’a rien d’une potiche aux mains d’un gouvernement. Il sait s’exprimer haut et clair quand les problèmes surgissent. Et aujourd’hui, dans la maréchaussée, les problèmes, comme dans une grande part du corps social, abondent.

Entendu devant les commissions de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale et du Sénat, le général Favier a expliqué comment les contraintes budgétaires pouvaient empêcher la gendarmerie d’assurer ses missions : « Aucune commande de véhicules n’a pu être passée pour le moment… aucune commande d’ordinateurs n’a pu être réalisée pour la deuxième année consécutive… nous sommes également en difficulté pour assurer les dépenses d’énergie… il manque aujourd’hui seize millions d’euros. » Ces manquements, ajoute-t-il, entraînent l’obligation de reporter le paiement des loyers dus aux collectivités locales.

Soyons clairs. Aujourd’hui, la gendarmerie voit son budget minoré de 9 %. Quand on ajoute à ces problèmes financiers un moral, pudiquement tenu par ce même directeur pour « morose » ; moral imputable en partie à leur rattachement à un ministère civil. On conçoit que cette vieille institution forte de 100.000 hommes et femmes arrive à un moment crucial de son existence. Car elle sent, même si les politiques disent le contraire, poindre la fusion avec la police nationale. (Cette perspective, pourtant, fut dénoncée par Michel Rocard et le PS quand ceux-ci étaient dans l’opposition.)

Si rien n’est alloué, les gendarmes seront obligés d’attendre que des municipalités consentent à leur offrir un surplus d’essence pour leurs tournées de communes (action pourtant non autorisée) et à quémander chez des garagistes le prêt ou la réparation des véhicules banalisés. Ils devront solliciter auprès d’entreprises des fournitures de bureau ou l’accès à des ordinateurs puissants et se mettre au bricolage pour leurs familles en retapant des logements dégradés.

La gendarmerie qui perd son statut purement militaire. La gendarmerie qui n’a plus les moyens matériels de remplir ses missions. La gendarmerie qui voit le maintien de l’ordre désavoué par un gouvernement girouette où l’arrestation de clandestins devient problématique. La gendarmerie qui voit les Roms de plus en plus présents dans les campagnes abdiquer le statut de voleurs de poules pour faire une entrée fracassante dans celui du grand banditisme. Cette gendarmerie-là, si rien n’est fait rapidement, peut imploser, oh certes pas par une révolution intérieure – ce n’est pas le style de la maison – mais par une baisse de motivation et une application stricte des missions et des règlements n’allant pas au-delà de ce que le gouvernement leur dicte. Ce qui serait catastrophique pour la protection des populations sur 95 % du territoire français.

Est-ce cela que veut le gouvernement, une clochardisation de l’institution ? En effet, ou l’État donne les moyens nécessaires, ou la protection des zones rurales ne sera plus exercée convenablement, sachant que lorsque le pandore disparaît du paysage c’est le malfrat qui prend sa place.

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Diplômé de criminologie et de criminalistique

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