Quand Le Drian demande aux militaires de la fermer !

Ancien officier de Gendarmerie

Diplômé de criminologie et de criminalistique

 

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a demandé que le général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère, poursuivi pour participation à une manifestation anti-migrants interdite, soit mis à la retraite. À cette fin, un conseil de discipline a été convoqué pour que le gradé de la deuxième section, statut des officiers généraux qui ne sont plus en activité mais toujours à la disposition de l’armée, soit mis en retraite, a-t-il été indiqué lundi dans son entourage. Les officiers de la deuxième section sont en effet soumis à un devoir de réserve qui n’a « visiblement pas été respecté » dans le cas du général, a ajouté la source ministérielle.

Il faut donc considérer que, même à 75 ans, un général doit continuer à « fermer sa gueule » sinon c’est la garde à vue et les tribunaux. Pourtant c’est bien aux militaires que les gouvernements ont recours lors d’une crise grave, comme actuellement avec l’opération « Sentinelle ». On comprend mieux pourquoi les derniers sondages du CEVIPOF montrent un niveau record de confiance accordé aux armées : 81 %, soit près de huit fois plus que les politiques qui culminent à 12 %.

Le métier militaire est un sacerdoce, tout soldat quel que soit son grade doit se sentir investi d’un devoir envers le pays. Prêt à donner sa vie, il ne peut et ne doit se taire dans des moments où l’existence de son peuple est remise en cause ; même si cela n’arrange pas la classe politique, le citoyen chez le militaire doit prendre le dessus. L’engagement d’un général envers la nation, y compris en deuxième section, lui donne une légitimité incontestable pour exprimer son point de vue sur les questions qui concernent la sécurité et l’avenir de l’hexagone.

Le ministère comprend cela et en a peur aussi travaille-t-il à une réforme du Code de Défense, afin de prendre directement la décision de placement en retraite pour les généraux, après discussion avec le chef d’état-major, sans passer par un conseil de discipline. Il sait trop bien que ce dernier, régit par ses pairs, ferait obstacle à une telle décision. Le but derrière cette mesure est de faire taire la « grande muette ».

Il y a tout lieu de penser que le général de corps d’armée Pierre Coursier et les généraux Antoine Martinez et Jean du Verdier, tous trois en 2e section, qui ont écrit au Président de la République, comme mentionné dans un de mes articles précédents, vont eux aussi faire les frais de cette chasse aux sorcières. Que voulez-vous, il faut prendre des mesures contre ces « dangereux extrémistes » si violents à la différence des migrants illégaux et des « no borders » !

Cette tentation discriminatoire ne peut qu’envenimer les rapports entre la classe politique et les armées. Il sera de plus en plus difficile de faire taire cette dernière et ce n’est pas le livre du Général Soubelet, « Tout ce qu’il ne faut pas dire », à paraître le 24 mars, qui va atténuer le feu qui couve en Gendarmerie et dans les Armées. Il faut rappeler que ce Général de Corps d’Armée de la Gendarmerie avait osé dire, en 2013, devant une commission parlementaire que la sécurité était mal ou pas assurée en France… Résultat, il avait été écarté de ses responsabilités et muté à la tête de l’Outre Mer.

Cet article vous a plu ?
Cliquez sur J'aime !

Recevez gratuitement nos articles !


Diplômé de criminologie et de criminalistique

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.