Editoriaux - 31 décembre 2018

Jeanne Calment : si ce n’est toi, c’est donc ta fille !

Décidément, en cette fin d’année, tout part en quenouille !

Le coup en vache nous arrive, cette fois, des contrées gelées du grand Est, j’ai nommé la Russie. Il faut toujours se méfier des Russes.

Donc, un certain Yuri Deigin, directeur général d’une entreprise russe qui lutte contre le vieillissement, nous dit-on, affirme que Jeanne Calment, ex-doyenne de l’humanité décédée en 1997 à l’âge présumé de 122 ans 5 mois et 14 jours (record toujours inégalé), serait une usurpatrice. Selon ce monsieur, qui s’appuie sur les recherches de ses compatriotes Valery Novoselov et Nikolay Zak – un gérontologiste et un mathématicien –, la Jeanne serait morte dans les années 1930 et remplacée, alors, par sa fille Yvonne afin d’échapper à une sombre taxation sur l’héritage familial…

Tout cela pour échapper à l’impôt, 90 ans avant les gilets jaunes… Qui peut le croire ?

C’est dégoûtant. C’est bas. C’est vil. Un exemple : imaginez que nous, petits французский, inventions une sombre histoire pour déboulonner Raspoutine. Ils prendraient cela comment, les popov ? Mal, assurément.

On apprend, dans Le Parisien, que les Russes en question « développent dix-sept arguments ». Jeanne aurait ainsi, tout d’un coup, paru « plus jeune que son âge ». Et puis, il y a l’acte de décès de la fille, Yvonne, « officiellement décédée en 1934, ratifié par une unique personne sans diplôme médical ». Et les souvenirs de la supposée doyenne qui « ne colleraient pas avec la réalité de l’époque ». Elle disait, ainsi, avoir rencontré Vincent Van Gogh en 1888 « dans le commerce familial, à Arles ». Quant à Yuri Deigin, il s’appuie sur la comparaison des oreilles de la mère et de sa fille pour étayer sa thèse. Ce qui est sûrement moins évident que l’analyse des oreilles de Van Gogh…

Côté français, on s’insurge, bien sûr. Jean-Marie Robine, directeur de l’INSERM qui a étudié le cas Calment et validé le record de longévité de la dame, est formel : « On n’a jamais rien trouvé qui nous permettait d’émettre le moindre soupçon sur son âge. On a eu accès à des informations qu’elle seule pouvait connaître, comme le nom de ses professeurs de mathématiques ou de bonnes passées par l’immeuble. On lui a posé des questions sur ces sujets. Soit elle ne se souvenait plus, soit elle a répondu juste. Sa fille n’aurait pas pu savoir ça. »

Reste que Jeanne Calment est une exception exceptionnelle qui crève le plafond de verre aujourd’hui fixé par les scientifiques autour de 115 ans (115,7 pour les femmes, 114,1 pour les hommes). Ce serait la limite humaine indépassable. Toutefois, reconnaissent-ils en se référant à Jeanne Calment, son cas prouve que, physiologiquement parlant, il n’y a pas d’âge maximum prédéfini.

Bref, si ce n’est Jeanne, morte à 122 ans, c’est donc Yvonne, morte alors à 99 ans. Mais qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre, ce qui me semble intéressant à retenir, c’est qu’elle aura mené une vie parfaitement oisive, preuve, comme le chantait Henri Salvador, que si « le travail, c’est la santé, rien faire, c’est la conserver ».

En effet, si « les prisonniers du boulot n’font pas de vieux os », les femmes entretenues ont le temps de s’entretenir.

Mariée à l’âge de 21 ans à un cousin, « riche marchand », nous dit sa fiche Wikipédia, Jeanne Calment n’a jamais travaillé et a, ainsi, pu mener « une vie aisée où elle peut pratiquer ses passions comme le tennis, le vélo, la natation, le patin à roulettes, le piano et l’opéra ». C’est moins usant qu’une vie à l’usine et une ribambelle de gamins à élever.

Survivant 55 ans à son mari (à moins que ce ne soit son père) Jeanne/Yvonne décide, à l’âge de 90 ans, de vendre son appartement à son notaire, alors âgé de 47 ans, lequel lui verse 2.500 francs de rente mensuelle. Il meurt trente ans plus tard et c’est sa veuve qui continuera de payer. Mauvais calcul : au total, les époux Raffray auront versé à Jeanne Calment plus de deux fois le prix de son appartement.

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