Sélection à l’université : Najat Vallaud-Belkacem s’embourbe dans l’égalitarisme

Professeur honoraire
 

Comme un enfant capricieux qui veut toujours avoir raison contre les faits, Najat Vallaud-Belkacem vient encore d’illustrer son obsession de l’égalitarisme, dans le débat sur la sélection en master à l’université. Décidément, cette récidiviste semble devoir ignorer à jamais la sage maxime de Montaigne : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. »

De quoi s’agit-il ? Le Conseil d’État a rappelé, le 10 février, qu’en vertu de l’article L612-6 du Code de l’éducation, « une sélection ne peut être mise en place pour l’accès aux formations de première ou deuxième année de master à l’université que si ces formations figurent sur une liste établie par décret ». Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a aussitôt annoncé qu’une liste des masters autorisés à sélectionner leurs étudiants en master 2 serait publiée en avril. Mais son ministre de tutelle s’emporte : cette liste sera « très limitative », toute forme de sélection est « rétrograde », s’oppose à la « démocratisation », au « renouvellement des élites » et au « progrès ». Rien que cela !

Des propos auxquels a répondu la Conférence des présidents d’université (CPU) : « Halte à l’hypocrisie, la sélection en master existe, assumons-la », déclare-t-elle dans un communiqué du 18 février. « Refuser la sélection à l’entrée des formations, c’est laisser se mettre en place une sélection par l’échec au détriment de l’intérêt des étudiants. » Du reste, des filières sélectives ne participent-elles pas de l’attractivité d’une université ? Mais peu de chances que Najat Vallaud-Belkacem, embourbée dans son idéologie égalitariste, soit sensible à de tels arguments.

Après tout, elle ne fait qu’obéir à la voix de son maître qui, lors de la rentrée universitaire 2015, s’est donné pour objectif d’« amener 60 % d’une classe d’âge à un niveau d’enseignement supérieur ». Belle ambition, alors que les crédits alloués sont notoirement insuffisants ! Et de rappeler que l’objectif de porter « 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat » avait pris plus de dix ans, mais avait fini par se faire. Oui, mais à quel prix ?

La question est de savoir si la sélection est contraire à la démocratisation de l’enseignement supérieur ou, au contraire, y contribue.

Plutôt que d’y réfléchir en pesant le pour et le contre, Najat Vallaud-Belkacem, qui oublie qu’elle a elle-même bénéficié d’une filière sélective, veut transposer à l’université l’idéologie égalitariste qu’elle met en œuvre dans l’éducation. Elle semble, aussi, ignorer qu’un master de qualité, associé à la recherche et ouvrant sur le monde professionnel, suppose un nombre limité d’étudiants et qu’il vaut mieux les sélectionner sur dossier que par tirage au sort.

Contrairement à ce qu’elle prétend, la sélection fondée sur le mérite est plus démocratique que l’attribution à tous de diplômes dévalorisés. Ce sont les obstacles financiers à la poursuite d’études supérieures qu’il faut lever, c’est l’autocensure devant les filières sélectives déjà existantes qu’il faut combattre. Sans jamais renoncer à l’exigence. L’égalité des chances n’a jamais signifié l’égalité des résultats. L’égalité extrême, sauf pour les apparatchiks qui en réchappent, exclut toute promotion sociale.

La position de Najat Vallaud-Belkacem sur ce sujet est un concentré de démagogie, d’idéologie et d’utopie. Si l’on n’y prend garde, comme le baccalauréat, le master pour tous pourrait bien devenir un passeport pour nulle part.

Jean-Michel Léost
Professeur honoraire

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