Hollande face au dilemme des primaires

Professeur honoraire
 

Dans une tribune publiée dans Libération, une trentaine de personnalités ont lancé un appel pour l’organisation d’« une grande primaire des gauches et des écologistes » : « Nous voulons du contenu, des idées, des échanges exigeants », écrivent-ils, refusant de « faire […] cadeau » à la droite de la laisser seule conduire un débat en novembre 2016. En vingt-quatre heures, ce texte aurait obtenu près de 15.000 signatures.

Quelles que soient les arrière-pensées des auteurs de cette initiative et l’utopie d’une candidature unique de la gauche, de Macron à Mélenchon, il est au moins une raison qui semble les rassembler : il ne va pas de soi que François Hollande soit le candidat de la gauche aux prochaines élections présidentielles – ils ne vont pas jusqu’à dire qu’il serait de l’intérêt de la gauche qu’il renonçât à se présenter. Malgré le costume de Zorro ou de Superman qu’il tente de revêtir à la faveur des événements tragiques qui ont frappé la France, il a montré son impéritie en matière économique et sociale, et son jeu est trop visible : toute sa stratégie consiste à se hisser au second tour face à Marine Le Pen, pensant l’emporter à tous les coups contre la candidate du Front national. Belle ambition que de chercher à être élu par rejet supposé de l’autre !

Le voilà donc face à un dilemme. Accepter une primaire des gauches et des écologistes serait sans doute la meilleure façon d’éviter un candidat Vert qui, même avec un score faible, diminuerait ses chances d’être présent au second tour. Mais ce serait aussi reconnaître – horribile dictu – qu’il n’est pas a priori légitime et courir le risque de se faire battre ! D’un autre côté, refuser une primaire, c’est refuser le débat, l’échange d’idées, renforcer l’hypothèse de plusieurs candidats sur sa gauche, et donc se retrouver en troisième position à l’issue du premier tour, comme Jospin en 2002.

Pour éviter ce choix cornélien, il préfère manœuvrer pour miner les tentatives de candidature qui pourraient lui nuire, quitte à attirer quelques opportunistes au moment choisi en jouant aux sirènes.

Mais le plus piquant, dans cette affaire, c’est que François Hollande ne devrait même pas se poser la question des primaires. En effet, le principe de cette élection figure dans les statuts du Parti socialiste. Bien plus : le candidat Hollande, dans une interview au Parisien du 15 octobre 2011, à la question « Si vous êtes Président, y aura-t-il des primaires pour 2017 ? » avait répondu : « Oui. C’est un principe désormais inscrit dans le temps et l’espace politique. Nicolas Sarkozy devrait se l’appliquer, mais il ne serait pas sûr d’être désigné. Je comprends sa prudence… » Ironie de l’Histoire !

François Hollande n’en est pas à un reniement près. Il devrait savoir, pourtant, qu’une grande majorité des Français, y compris dans son propre camp, ne souhaitent pas qu’il se représente et que sa cote de popularité, un temps remontée après les attentats du 13 novembre, se remet à décliner. À force de croire à sa bonne étoile et de faire des « châteaux en Espagne », François Hollande pourrait bien se heurter à la réalité et se retrouver gros François comme devant.

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

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