L’islam des lumières n’a jamais été qu’une lampe à huile

Designer & architecte d’intérieur
 

Il est temps de démentir la grande théorie supposée de l’apport de l’islam dans la construction, les sciences, les arts et la culture de l’Occident… Attribuer, par exemple, la création de la médecine, de l’algèbre et de l’astronomie aux musulmans, ce serait nier les civilisations, notamment grecque et perse, qui en sont à l’origine… C’est aussi passer sous silence l’influence déterminante de l’architecture romaine et de ses principes novateurs de construction qui ont guidé le développement de la construction en Occident.

Concernant, par exemple, l’architecture et le mythe de Cordoue : la « Mezquita de Córdoba » serait l’un des fleurons de l’architecture islamique. C’est une falsification de son histoire. Revenons en arrière. Du sixième au huitième siècle, les Wisigoths règnent sur une grosse partie de la péninsule. Il y construisent notamment des basiliques et des églises. Ainsi celle de Saint-Vincent à Cordoue. La dynamique de la conquête arabe commence avec la chute de la Syrie-Palestine, au VIIIe siècle, mettant fin à sept siècles de domination impériale romaine, grecque, byzantine – de vrais bâtisseurs qui ont laissé des acquis, des hommes de science et des traces écrites de leur savoir. À leur arrivée en Espagne, les Arabes, peuple de guerriers, n’avaient pas un passé de bâtisseurs. Comment l’auraient-ils acquis en vivant, nomades, sous des tentes caïdales ?

La cathédrale Saint-Vincent a d’abord été occupée – presque – en l’état et partagée entre les fidèles catholiques et musulmans après quelques aménagements fonctionnels et quelques arrangements « politiques ». Ce n’est qu’ensuite que l’agrandissement du complexe, compte tenu du nombre important des convertis à l’islam, fut entrepris par Abd al-Rahman Ier en 786 et exclusivement réservé au culte de l’islam.

Pour ce faire, sur les bases en partie inchangées de la basilique Saint-Vincent – on observera que son orientation est nord-ouest, non dirigée vers La Mecque, en contradiction totale avec les préceptes sacrés de l’islam et la présence, en plan, du centre formant une croix chrétienne -, il fit appel à un architecte grec de Byzance, ce qui explique certaines options architecturales dans les détails mis en œuvre, et à des ouvriers syriens qui en assurèrent la construction. Ce dernier point donne un éclairage sur le fait que la « qibla » et le « mihrab » sont construits au sud du nouveau complexe, dans la mesure où La Mecque se situe au sud de la Syrie d’où étaient originaires les ouvriers.

Cette conception architecturale est une constante dans les lieux de culte musulmans de l’époque. Pour s’en convaincre, il convient de noter de grandes ressemblances dans le parti pris architectonique avec la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Damas. S’agissant de ce complexe, les historiens sont unanimes : après la conquête islamique en 635, les musulmans et les chrétiens avaient consenti à diviser l’église entre eux. Ils pratiquèrent leurs prières et rituels côte à côte, durant 70 années. En 705, quand le nombre de prieurs musulmans grandit (comme à Cordoue), le calife omeyyade Al-Walid acheta la partie chrétienne. Un grand nombre d’artisans grecs, indiens, persans et chrétiens syriens travaillèrent alors durant des années pour en faire la première mosquée somptueuse de l’ère islamique. Dans les deux cas, on constate une absence totale de ce que l’on pourrait appeler « une culture architecturale musulmane », mais simplement l’utilisation des compétences étrangères à tous les niveaux, depuis la conception jusqu’à la réalisation, notamment illustrées par l’utilisation des arcs et des voûtes, inventés par les Romains antérieurement et utilisés bien avant la domination musulmane… Ces positions sont tenues aujourd’hui par de nombreux historiens « révisionnistes » (dans le sens noble du terme) comme Sylvain Gouguenheim 1.

Nous sommes, sur ce sujet comme dans bien d’autres, les victimes d’une interprétation partisane de l’Histoire. Pour ne pas dire d’une vaste tromperie.

Jean-Louis Chollet
Designer & architecte d’intérieur

Notes:

  1. Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2008

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