Télérama, ou le retour du procès stalinien

Lorànt-Deutsch-Hexagone
Le 1 novembre 2013
On part volontiers en compagnie de Lorànt Deutsch sur « Les routes de l’Histoire de France » dans cette promenade riche d’agréables surprises.

Manifestement, Lorànt Deutsch aime baguenauder. Hier, il se faisait remarquer par Métronome, balade vagabonde à travers Paris. Son goût de la promenade libertaire l’amène aujourd’hui, avec Hexagone, à parcourir la France et en narrer, chemin faisant, la longue histoire. Vaste et ambitieux projet mené à bien avec une légèreté de ton bien agréable, laquelle est mise au service d’une curiosité toujours en éveil. On peut lire sur Boulevard Voltaire la jolie critique qu’en a faite Aristide Leucate mercredi dernier.

Mais le bel art de la critique prend parfois des chemins bien obscurs. Un exemple de ces égarements nous est donné par Monsieur Erwan Desplanques qui exerce sa fonction à Télérama. Il n’aime pas Hexagone. C’est un euphémisme. En fait, il déteste. Soit. Encore faut-il expliquer en quoi un ouvrage s’avère détestable.

Écoutons donc le discours véhément de ce procureur emporté par une véritable passion idéologique. Cet homme énervé voit en Lorànt Deutsch un « camelot de l’histoire ». Il considère ce dernier comme « une sorte de mousquetaire franchouillard, fier de son patrimoine, doucement réac, le visage fédérateur de la France du repli ». Bon, acceptons. Tout un chacun a droit d’être de parti pris. Ce que l’on ne peut accepter, par contre, ce sont les agressions ad hominem. Lorànt Deutsch, acteur apprécié et reconnu, devient soudain un paltoquet tout juste digne de tenir des rôles de seconde zone, un cabotin juste bon à tourner des publicités de « buveur de Yop ». Quel rapport ? Si on suit M. Desplanques, un mauvais auteur deviendrait, de ce fait, un acteur médiocre ?

Emporté par sa fureur exterminatrice, Erwan Desplanques s’en prend à Patrick Buisson. Surveillant général de la bien-pensance et du politiquement correct, il reproche à Lorànt Deutsch d’avoir participé avec Buisson à un mauvais documentaire sur Céline à Paris. Nous y voilà donc ! Une fois encore, voici une affirmation péremptoire. Manifestement, pour Erwan Desplanques, évoquer Céline est la preuve d’une connivence avec le Diable. Encore un procès sans preuves et dépourvu de tout argument. Il suffit d’affirmer du haut de Télérama. On reste pantois devant tant de malveillance.

Imbu de sa morgue, cet imprécateur accuse Lorànt Deustch d’être un sauteur : « Son livre, déclare-t-il, n’a pas été écrit depuis une chaire de la Sorbonne mais sur le strapontin d’un café-théâtre des Grands Boulevards. C’est un baladin, un réac en carton-pâte ». Dénonçant nombre d’erreurs accumulées au cours de l’ouvrage, on s’attendrait à ce qu’il les relève et en fasse la démonstration. En vain. Et puis, en cherchant la petite bête, on pourrait toujours contester certaines pages de bien des historiens confirmés s’appelant Chaunu, Duby, Le Roy Ladurie, Braudel, et tutti quanti.

Lorànt Deutsch n’a que faire de l’École des Annales. Il ne fait certes pas partie du club restreint des historiens patentés ayant pignon sur rue. C’est un baladin, au sens littéral du mot, qui chante l’aventure de ces hommes et de ces femmes qui ont fait la France. Aventures sans doute insupportables pour ce prétendu critique qui s’érige en super-censeur et affirme sans jamais démontrer. Son vagabondage erratique laisse d’ailleurs à penser qu’il n’a pas réellement lu le livre dont il s’arroge le droit, au nom du politiquement correct, de prononcer une condamnation digne d’un procès stalinien. Une question demeure : pourquoi tant de mauvaise foi, de parti pris et même, disons-le, tant de mépris ?

Reste cette aimable balade qu’est Hexagone, allègrement contée, qui fait penser à cette Histoire de France racontée à Juliette de Jean Duché, publiée en 1954 et qui connut, en son temps, un immense succès. On part volontiers en compagnie de Lorànt Deutsch sur « Les routes de l’Histoire de France » dans cette promenade riche de découvertes et d’agréables surprises.

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