Livre

Charles Maurras, soixante ans après

de Axel Tisserand

Journaliste, critique littéraire.
 

Charles Maurras est aujourd’hui un grand méconnu dans tous les sens du terme. Il a été banni de l’enseignement de la littérature française ou de l’histoire de la pensée. Il fut injurié, calomnié, traité de tous les noms.

Maurras est décédé le 16 novembre 1952. Soixante ans après sa mort, quinze auteurs réunis dans un colloque dirigé par Axel Tisserand, président du Cercle de Flore, désirent rendre justice à cet homme si décrié qui fut le père fondateur du nationalisme intégral. Ce faisant, ils tentent de cerner cette personnalité fort complexe qui fut dépeinte comme étant l’incarnation vivante du réactionnaire. Les mots n’ont pas toujours le même sens selon l’époque où on les prononce. Réactionnaire, Maurras le fut, encore faut-il le replacer en son temps.

Ayant fait un séjour en Grèce, Charles Maurras a été ébloui par la lumière rationaliste de l’hellénisme. Pour lui, la France est l’héritière de l’antique Hellène et de Rome. Ces terres sont le berceau de la civilisation, là règnent l’harmonie et l’équilibre. À cet espace culturel s’oppose la barbarie, que celle-ci soit sémitique ou orientale. Il se livre à la contestation radicale du monde moderne qu’il considère comme barbare. Développant une critique traditionaliste et antidémocratique, il se fait le chantre du « nationalisme intégral », lequel sera incarné par la monarchie et le catholicisme pur et dur. Lui qui se veut agnostique exalte la religion comme contrepoids au libéralisme économique.

Axel Tisserand, dans une lumineuse intervention, veut définir, en ces temps où la question de l’identité française donne lieu à des débats férocement idéologiques, ce qu’est le nationalisme. Alors qu’une mondialisation rampante se déploie, il importe de remettre bien des concepts à leur juste place.

La nation, écrit-il, est « une communauté de destin dans l’universel ». Après Renan, Barrès, Bainville, Maurras voit en elle « l’affirmation perpétuelle de la vie ». Elle est « une âme historique qui transcende le temps et s’inscrit dans la longue durée ».

Le nationalisme, note Axel Tisserand, est un humanisme. Il est une ouverture au monde, n’en déplaise à ses détracteurs, par l’affirmation d’une essence aussi subtile que complexe, héritière d’un long passé. Impossible de rejeter la terre des pères sans sombrer dans une véritable aliénation.

La pensée et bien des analyses de Charles Maurras sont perverties par nombre de ses zélateurs qui le brandissent comme un oripeau afin de cacher leur indigence intellectuelle. On n’est jamais aussi bien trahi que par les siens. Ceux-ci, fort nombreux, s’enferment dans des visions archaïques qui cachent leurs faiblesses conceptuelles. Ils ne veulent pas non plus tenir compte de la modernité d’un XXIe siècle naissant, laquelle n’a rien à voir avec un XXe siècle qui fut emporté par bien des tourmentes. Les zélateurs de seconde zone de Maurras veulent se voir comme les descendants des Gaulois. Ils s’enferment comme Astérix dans un village en le transformant en pré carré. Le nationalisme n’a rien à voir avec le chauvinisme exacerbé. Il ne consiste pas en un repli frileux. L’assurance paisible, voire la fierté ne justifie jamais l’arrogance ou un orgueil démesuré. Il demeure, par l’expression d’un patriotisme assumé, l’ouverture aux autres. En affirmant ses différences, il est une conception de l’homme.

La publication des textes de ce colloque est une stimulante invitation à réfléchir sur des questions incontournables qui se posent aujourd’hui. Il reste à espérer qu’elle attire de nouveau l’attention sur Charles Maurras qui eut une si grande influence sur son temps.

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