Editoriaux - Justice - Politique - 11 juillet 2018

Jean-Vincent Placé : déboires judiciaires d’après-boire…

Quand Prosper-Napoléon Cornu comparaît devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure pour tentative d’assassinat par immersion sur la femme Brument, sa défense est simple :
« J’étais bu », dit-il au juge. À quoi son ami et complice Césaire-Isidore Brument, époux de la victime susnommée, répond fermement : « Dis qu’j’étions bus tous deux et tu n’mentiras point. »

Comme les compères de cette nouvelle de Maupassant (La Vente), c’est la défense qu’a choisie Jean-Vincent Placé devant la Xe chambre du tribunal de grande instance de Paris : « J’étais bu, M’sieur le président ! » L’ancienne gloire d’Europe Écologie Les Verts, ex-compagnon de Cécile Duflot, ex-secrétaire d’État chargé de la Réforme de l’État et de la Simplification (si si, ça a existé), ex-sénateur de l’Essonne, y comparaît ce mercredi 11 juillet pour « violences volontaires sous l’empire de l’ivresse, outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique et injure publique à caractère racial ».

Les faits remontent au début d’avril dernier. Involontaire retraité de la politique, de ses pompes et de ses œuvres, Jean-Vincent Placé s’arsouille alors en compagnie du sénateur de la Haute-Savoie. De dernier verre en digestif, ils atterrissent au bar La Piscine. Monsieur le ministre voudrait danser. Les jeunes femmes qu’il invite ont peur qu’il leur marche sur les pieds. Il insiste lourdement, en saisit une par le bras. On pense de nouveau à Maupassant :
« Alors il me dit :
– Débille-té
– Que j’me débille ?
– Oui, qu’il m’dit. »

Etc.

Bref, voilà le videur qui empoigne le sénateur, et ouste ! Du balai !

Placé – qui était bu, ne l’oublions pas – s’énerve, et dans ces cas-là, c’est le fond qui ressort : « On n’est pas au Maghreb, ici », « On n’est pas à Ouagadougou, Ryanair fait des promotions », « le prix de ma chemise, cela fait un RSA complet pour ta famille ». L’homme, sans doute originaire d’un continent plus au sud, lui balance une mandale : « Attrape toujours ça ! » Et appelle la maréchaussée qui passait par là.

« Moi je gueule, il gueule, je surgueule, il tape, je cogne. Ça dure autant que le jugement dernier, vu que j’étions bu. V’là les gendarmes ! Ils nous sacréandent, ils nous carottent. En prison. Je demande des dommages », écrit Maupassant. Nettement moins littéraire, Monsieur le sénateur interpelle : « Espèce de tocards », « Ils arrivent quand, ces connards », etc.

Ils sont arrivés à 2 h 15 du matin pour emmener Prosper-Napoléon Placé en cellule de dégrisement. D’où il n’est ressorti que 36 heures plus tard. Méchante cuite…

Après une heure de délibérations, le jury de Criquetot acquitta les prévenus Cornu et Brument « avec des considérants sévères ». Me Kiril Bougartchev, l’avocat de Jean-Vincent Placé, n’en attend pas moins du tribunal parisien. « Seul le fait que Jean-Vincent Placé soit une personnalité connue explique qu’il se retrouve au tribunal. S’il avait été un inconnu, cela se serait fini par un simple rappel à la loi. C’est deux poids, deux mesures », dit-il. Et de réclamer que l’on distingue bien entre « le droit et la morale ».

Césaire-Isidore Brument s’en est retourné au bras de son épouse, qu’il avait voulu « litrer », vers son élevage de porcs, à Cacheville-la-Goupil. Prosper-Napoléon Cornu a repris son commerce de cabaretier à Criquetot. Jean-Vincent Placé est aujourd’hui « conseiller en stratégie en développement pour des entreprises souhaitant s’implanter en Corée du Sud et au Maroc ».

On suggère aux juges de lui offrir un soutien psychologique, de ceux qu’on réserve (ou pas ?) aux politiques retraités contre leur gré.

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