Culture - Discours - Editoriaux - Histoire - Société - Table - 25 avril 2018

Jean-Pierre Chevènement : cachez cet antisémitisme que je ne saurais voir

Le Manifeste « contre le nouvel antisémitisme » n’en finit pas de faire réagir. Les forces et faiblesses de ce texte ont été pointées, ici et là, et notamment dans les colonnes de Boulevard Voltaire. Les forces, c’est évidemment la mise en avant de cette réalité indiscutable : l’« épuration ethnique à bas bruit ». 50.000 Israélites obligés de déménager en Île-de-France, « parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République », ce n’est tout de même pas rien. Autre force de ce texte : celle de pointer du doigt le fait que les textes coraniques ne sont pas qu’amour et paix. Les faiblesses : cette demande que soient « frappés d’obsolescence par les autorités théologiques » « les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants ». Naïveté, fausse naïveté ?

Faiblesse que ce parallélisme entre l’abolition, par Vatican II, des « incohérences de la Bible » et ce que pourrait être une sorte de mise à l’index musulman. Cela ressemble diablement à ces fausses fenêtres que l’on dessinait autrefois sur une façade pour ne pas nuire à l’harmonie de l’édifice. Parallélisme d’autant plus bancal qu’on serait bien en peine de trouver dans les Évangiles, textes fondateurs du christianisme, le moindre appel au meurtre ciblé. Les prières officielles de l’Église ont toujours appelé, notamment dans la liturgie du Vendredi saint, à la conversion des juifs, des infidèles et des païens. Jamais au meurtre. Mais fallait-il demander à Philippe Val, principal rédacteur de ce manifeste, une rigueur d’exégète, lui qui passa une grande partie de sa carrière, notamment lorsqu’il dirigeait Charlie Hebdo, à taper sur l’Église (catholique, ça va sans dire !) ?

Multiplication des réactions à ce manifeste, disions-nous. Mardi, c’était au tour de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation de l’islam de France, de réagir en déclarant qu’il jugeait « dangereux » de pointer « un nouvel antisémitisme musulman » et que cela contribuait à « créer un climat de guerre civile ». Donc, il ne fallait pas pointer du doigt ? Donc, il fallait passer sous silence ces 50.000 Israélites qui ne se sentent plus en sécurité ? Allons jusqu’au bout : ne confondons pas le sentiment d’insécurité et l’insécurité. Ce fut, des décennies durant, le discours des socialistes. Et Jean-Pierre Chevènement fut des leurs durant toutes ces années. Donc, il faut continuer à dire que tout va bien.

Pour préparer ce papier, je me suis promené sur le site de cette fondation présidée par l’ancien ministre de Mitterrand. Et j’y ai trouvé des choses intéressantes. Cette fondation se donne, entre autres missions, de promouvoir, « dans le respect du principe de laïcité, la connaissance du fait religieux musulman ainsi que l’histoire des civilisations et des sociétés musulmanes ». Fort bien. Un peu plus loin, on lit : « Ainsi, la Fondation veut-elle être un pont dans le dialogue des cultures. Elle aidera les Français à s’approprier cet héritage [la relation qui lie la France à l’islam] pour que l’apport de l’islam soit pleinement intégré dans la civilisation française. » Fort bien encore. Mais nous parlions plus haut de parallélisme. Pour la Fondation de l’islam de France, il y a donc des « civilisations et sociétés musulmanes » – ce qui est un fait – et la « civilisation française », expression très belle, certes, mais, il faut l’avouer, très vague aussi. Nulle part n’est évoquée notre civilisation chrétienne qui reste, quoi qu’on en dise, le fondement de notre société.

Nier ou, pour être plus juste, éviter les évidences – la France est un pays laïc et de tradition chrétienne, le nouvel antisémitisme contraint les Israélites en certains endroits de France à un exode interne – consiste à repousser vers l’avant les problèmes. Cela peut, peut-être, empêcher de « créer un climat de guerre civile », pour reprendre les mots de l’ancien ministre. Pas certain que cela empêche un jour la guerre civile.

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