Jean Messiha : « L’Égypte veut que l’on respecte son identité, les Égyptiens qui partent à l’étranger doivent faire de même »

Lors d’un forum sur la jeunesse à Charm el-Cheikh, le président égyptien al-Sissi a demandé aux migrants égyptiens de respecter la culture des pays occidentaux qui les accueillent.

Pour Boulevard Voltaire, Jean Messiha – lui même d’origine égyptienne et naturalisé français – analyse cette vision du devoir des migrants, à l’opposé de celle du pacte mondial pour les migrations de Marrakech.


Le général al-Sissi, chef de l’État égyptien, a appelé les migrants qui se rendaient dans les pays occidentaux à respecter la culture des pays qui les accueillaient. Ce discours n’est-il pas en rupture avec les discours tenus autour du pacte de Marrakech ?

En effet, mais il faut rappeler que le pacte de Marrakech n’a pas été signé par tous les États. On remarque une vraie dichotomie entre, d’un côté les pays qui sont passés dans le Nouveau Monde, et ceux qui sont restés dans l’Ancien Monde. Le Nouveau Monde est bien sûr celui de la frontière, de l’identité nationale, du volontarisme politique tel qu’il est incarné aujourd’hui aux États-Unis, un peu en Grande-Bretagne, en Inde, au Brésil, en Italie, et des pays comme l’Égypte. L’Ancien Monde est celui encore incarné par Macron, celui de l’ancienne mondialisation, du sans-frontiérisme, de l’immigrationnisme et du multiculturalisme.
On note bien une césure dans l’attitude des pays par rapport à ce pacte entre ceux qui ont adopté le nouveau paradigme mondial et ceux qui sont encore dans l’ancien.


Est-ce qu’un jour un pays occidental pourra dire la même chose que le général al-Sissi, c’est-à-dire merci de respecter la culture de ceux qui vous accueillent ?

L’Égypte est un pays à l’identité extrêmement forte. Le général al-Sissi ne fait qu’appliquer une règle immuable.
Comme chez lui, tous les immigrés qui arrivent des pays africains voire du Proche et du Moyen-Orient respectent l’identité et la culture égyptienne, il demande effectivement à ses ressortissants d’en faire de même.
Le président al-Sissi est sur la même ligne qu’un Donald Trump, un Poutine ou un Xi Jinping, etc.
C’est un responsable politique qui sait ce que c’est que l’identité et la souveraineté nationales.


En tout cas, c’est un discours qui tranche avec les principes du pacte mondial sur l’immigration de Marrakech. On y parle beaucoup des droits des migrants, mais on parle très rarement des devoirs qui incombent à ces populations.

Le pacte mondial, comme son nom l’indique, est un pacte. Ceux qui veulent nous faire croire qu’il n’est pas engageant nous trompent. C’est bien sûr un pacte engageant. Même s’il ne fait pas partie du droit positif aujourd’hui, c’est un pacte dont pourraient se prévaloir ultérieurement des juges pour faire appliquer des normes immigrationnistes.
C’est comme le pacte des droits civils de New York. Au départ, c’était juste un MOU, un memorandum of understanding. Et puis, au fur et à mesure, quand un juge a décidé de s’en emparer dans les normes de droit, il a été accepté comme faisant partie des normes juridiques par la jurisprudence.
C’est donc une première étape dans un processus extrêmement dangereux. Il correspond à l’idéologie immigrationniste et multiculturaliste encore en place en France et en Allemagne. Ils n’ont donc rien à redire dans ce genre d’engagement. Il tranche toutefois avec des pays qui sont eux passés à autre chose.

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