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Jean-Marie Le Pen – Mennel Ibtissem, la stupidité en noir et blanc

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

Alors que le fondateur et toujours président d’honneur du Front national, Jean-Marie Le Pen, devait comparaître ce 8 février devant le tribunal correctionnel pour « provocation à la haine et injure publique envers les homosexuels », ne voilà-t-il pas que, le 3 février dernier, il se serait offert, accompagné de son épouse Jany, une virée nocturne aux tables du célèbre cabaret parisien Chez Michou aux fins d’assister à l’un de ces fameux spectacles de transformisme qui, depuis toujours, font la réputation de ce haut lieu de Montmartre.

En outre, horresco referens, le Menhir, sourire éclatant et ayant temporairement recouvré la forme de ses vingt ans, immortalisait ce moment jovial et festif en prenant la pose aux côtés du taulier, ceinturés par une cohorte d’anonymes, d’artistes et de serveurs.

Pendant ce temps était diffusée la célèbre émission de télé-crochet, « The Voice », où se produisit, parmi la foule de candidats présélectionnés (il ne s’agirait pas, en plus, d’encourager les cerveaux disponibles à zapper sur les chaînes concurrentes), une certaine Mennel Ibtissem, d’origine syrienne, aux yeux bleu-vert hypnotisants (tout le charme de l’Orient, aurait dit l’autre), la tête enturbannée, qui entonnait une reprise de la chanson « Hallelujah », de Leonard Cohen. Sa voix juste, mais tellement standardisée que rien ne la distinguait foncièrement des autres tessitures en compétition, n’eût vraisemblablement pas emporté les suffrages unanimes si elle ne s’était mise à chanter quelques couplets en arabe si joliment diversitaires.

Mais, patatras ! Quelques malicieux empêcheurs de tweeter ou de poster en rond exhumèrent d’encombrants messages rédigés par la jeune femme en 2016, après les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans lesquels elle exprimait une dilection consommée pour les mahométans de l’État islamique (Boulevard voltaire, 5 février). La donzelle, aussitôt convoquée à la barre du tribunal médiatique, se récria sur le mode « J’étais-une-enfant-qui-ne-savait-pas-ce-qu’elle-disait » : « J’ai vraiment conscience que ce que j’ai écrit, c’était vraiment des bêtises, […] et j’avais 20 ans à l’époque. » Fermez le ban, la cause étant entendue, on n’allait pas en faire tout un tajine.

Le point commun entre ces deux affaires, me direz-vous ? Au « monstre » Le Pen la circonstance aggravante de « provocation », à Ibtissem l’excuse de « minorité » mentale ; à l’un l’impardonnable (parce que devenue inintelligible à la stupidité 2.0 généralisée) profondeur de l’être cultivé, à la seconde la complaisance médiatique enamourée. D’ailleurs, on attend encore des poursuites pour apologie de crimes terroristes, les parquets français à l’unisson de leur ministre de tutelle s’enfermant, pour l’occasion, dans un assourdissant mutisme…

En revanche, on imagine sans peine ce qui se serait passé si un candidat avait interprété « Pas politiquement correct » de Jean-Pax Méfret…

On reste coi devant ce cataclysmique effondrement intellectuel et moral ayant conduit nos sociétés jouisseuses et turbo-consuméristes au stade quasi anal et nombriliste de l’infans debilitas ravalant le monde à une binarité lénifiante, simpliste et régressive.
Dans le dernier numéro d’Éléments consacré aux CON·NE·S, l’excellent François Bousquet n’a pas tort d’écrire que, « la mondialisation aidant, la connerie a fait un saut qualitatif, un bond en avant. […] Le con d’Audiard, orbital et galactique, n’a pas fin de tourner. » C’est dire qu’on n’a pas encore tout vu !