Editoriaux - Polémiques - Politique - 27 octobre 2018

Jean-Luc Mélenchon accuse l’Élysée : il a raison !

Dans les conversations familiales de la Toussaint, et jusque dans les salons bourgeois, on ne manquera pas de se gausser des excès de parole et de victimisation de Jean-Luc Mélenchon depuis la perquisition de la semaine dernière. Décidément, cet homme est vraiment un dangereux révolutionnaire qui ne respecte rien, ni la Justice ni le Président, et qui dit n’importe quoi. Ce samedi, dans un entretien à La Provence, il en remet une couche en visant directement le président de la République.

« Le coupable du coup monté est à l’Élysée. […] Il l’a programmé quand nous avons accueilli une scission du PS et commencé une convergence historique », faisant allusion au départ du député européen PS Emmanuel Maurel et de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, qui ont quitté le PS avec un gros bataillon de cadres et d’élus, condamnant le PS canal historique, la matrice originelle du candidat Macron, à n’être plus qu’un parti résiduel. Et, en effet, le timing des affaires, comme si les juges étaient décidément trop bien dressés, pose question. Comme pour l’affaire Fillon. Comme pour les mises en examen d’un Nicolas Sarkozy et d’une Marine Le Pen. Et il est vrai qu’à gauche, les choses bougent vite (et bien plus vite qu’à droite) et M. Macron, qui connaît bien cette plasticité de la gauche puisqu’il lui a suffi de souffler pour que le château de cartes de Solférino s’effondre, a tout à redouter d’une France insoumise et d’un leader charismatique qui sont en situation de quasi-monopole de ce côté-ci de l’échiquier.

Qu’il y ait matière à enquêter et à perquisitionner ici et là, mais malheureusement plus souvent ici que là, toujours chez les opposants dès qu’ils font un peu d’ombre, personne n’en doute. Mais que cela serve le pouvoir, nul ne peut le nier non plus. Ce même pouvoir ne peut pas reprocher à ses adversaires d’instrumentaliser en retour cette position de victime. Et Jean-Luc Mélenchon joue la victimisation à fond :

« Ces gens ont pris plaisir à faire ce qu’ils ont fait. Ils recommenceront », prévient-il, en qualifiant de « persécution politique » et de « traquenard » les perquisitions du 16 octobre aux sièges de La France insoumise et du Parti de gauche ainsi qu’à son domicile et chez plusieurs de ses proches.

Les sondages disent que la réaction musclée de M. Mélenchon lui a valu une chute de popularité. Sans doute l’effet recherché à l’Élysée où la propre cote d’amour du locataire actuel « se hollandise » mois après mois. Ceci expliquant cela et accréditant, même dans l’esprit le moins complotiste et le moins mélenchoniste, la thèse de l’instrumentalisation. En tout cas, la tactique politico-judiciaire du pouvoir actuel à l’égard de Jean-Luc Mélenchon est en tous points semblable à celle employée contre la droite depuis l’affaire Fillon. Et la défense musclée d’un Jean-Luc Mélenchon, rappelant celle d’un Chirac ou d’un Sarko de la grande époque, a quelque chose de revigorant. Enfin un opposant coui…, se dit-on. Si Fillon avait eu un peu plus de mordant, il n’aurait pas raté sa marche pour 1 %. La droite, dans la même situation, ne sait plus qu’arborer une mine de coupable qui n’ose se défendre. Heureusement que M. Mélenchon est là ! Face à un Président dont l’image est plus qu’écornée depuis l’affaire Benalla et qui s’est rendu coupable d’excès de langage et d’image indignes d’un Président, Jean-Luc Mélenchon aurait tort de ne pas recourir à ses talents de tribun et de ne pas exploiter l’affaire dans la perspective des prochaines élections :

« Mes persécuteurs seront confondus à coups de bulletins de vote aux européennes. Justice me sera rendue par le peuple, qui n’en peut plus et s’identifie à mon insoumission. »

M. Mélenchon fait de la politique. Qui pourrait le lui reprocher ? Il ne sortira peut-être pas vainqueur aux européennes mais le peuple en profitera certainement pour demander des comptes à M. Macron. Et pas seulement sur son instrumentalisation de la Justice.

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