Jean Lassalle : bon sens ne saurait mentir

Colonel à la retraite
 

Le bon sens près de chez vous : n’est-ce pas ainsi que l’on pourrait résumer la pensée politique de Jean Lassalle ? Facile, démagogique, populiste, tant que nous y sommes, va-t-on nous rétorquer. N’empêche que l’homme vient d’être élu pour la quatrième fois député des Pyrénées-Atlantiques. Un qui a résisté à la vague Macron, porteuse de ces nouveaux surfeurs de la politique, teint hâlé, bienveillance en bandoulière et à qui il ne manque que la chemise Hawaï pour que le tableau soit complet.

Certes, les victoires aux législatives de Jean Lassalle n’ont jamais été des chevauchées triomphales. Si, peut-être, en 2002, lorsqu’il l’emporta face à un socialiste au second tour avec plus de 57 % des suffrages et un peu plus de 29.000 voix. En 2007, c’est au bénéfice d’une triangulaire face à un socialiste et un UMP qu’il rempile avec moins de 23.000 voix. En 2012, ça passe encore au second tour avec 50,98 % des suffrages (un peu moins de 26.000 voix). Et en 2017, il résiste, est repêché pour le second tour avec moins de 18 % des voix au premier et l’emporte, finalement, avec moins de 20.000 voix face au macronien de service, un inconnu au bataillon, ancien parachutiste parachuté dans la circonscription et que les médias locaux voyaient déjà au palais Bourbon à la place du berger. Dommage !

Jean Lassalle ne s’est jamais pris pour Bonaparte à Arcole ou Napoléon à Austerlitz. Il se présente aux élections et il gagne, traçant son sentier patiemment, se contentant de se prendre pour Jean Lassalle. Ce qui n’est pas rien, quand on y pense, au final. Faites-vous donc élire pendant quarante ans maire de la commune dont vous êtes natif et on en reparlera ! Les mauvais esprits rétorqueront que sa commune, c’est un village d’à peine 200 habitants. Facile… Voire. Moins de 200 habitants : impossible de se réfugier derrière une administration tentaculaire et un cabinet qui vous mâche le boulot, écrit vos discours et remplit votre agenda.

Loi sur le non-cumul oblige, Jean Lassalle a dû renoncer à sa fonction de maire pour conserver son mandat de député. Les mauvais esprits – toujours eux – diront que les indemnités de député sont plus intéressantes que celles du maire d’une commune-confetti. Si ça peut leur faire plaisir… Mais il eût été dommage que la représentation nationale se prive d’un tel homme.

Certes, il n’a pas fait Sciences Po. Avec une vie consacrée au service de ses concitoyens, il a le malheur de ne pas appartenir à cette fichue société civile – invention de technocrates pour faire élire des ectoplasmes. Mais chez lui, le bois sert à se chauffer – trois fois, s’il vous plaît, M. Hulot et Mme Poirson : lorsqu’on le coupe, quand on le range dans le bûcher et, enfin, lorsqu’on le brûle dans la cheminée – et pas à sculpter des éléments de langage aussi fumeux qu’un feu de paille.

La semaine dernière, Jean Lassalle a fait en quelque sorte sa rentrée parlementaire à l’occasion du très byzantin débat sur la moralisation de la vie politique. « La France a une situation tellement prospère, avec ses dix millions de chômeurs, que nous pouvons nous permettre de nous lancer dans des harangues magnifiques, alors que nous n’avons pas été fichus de savoir où commençait le pouvoir de l’argent, celui qui corrompt tout, celui qui achète la télévision, celui qui achète Le Figaro, Libération, L’Express et L’Obs… » Une fois de plus, les costumes gris ont sans doute souri, les petits marquis et gentilles marquises de la Macronie ont dû se dire que ce type-là n’a vraiment rien compris à la marche du monde et qu’il ferait bien de retourner garder ses moutons.

Mais tant pis. Le bon sens, celui qui ne saurait mentir, s’est exprimé, une fois de plus, avec la liberté des torrents qui dévalent les Pyrénées et qui n’ont que faire des cailloux. Des cailloux qui sont d’un autre calibre que ceux qu’on trouve au fond des godillots…

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