Editoriaux - Le débat - Santé - 23 juin 2018

Jean Lassalle pleure sur sa maternité perdue : les données du problème

Oloron-Sainte-Marie, petite ville (11.000 habitants environ) du Béarn au charme fou, a officiellement perdu sa maternité depuis la fin de l’année 2017. Les raisons administratives et médicales de cette décision sont connues : l’agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine estime qu’à moins de 300 accouchements par an, il y a risque pour les mamans et les enfants. Or, le nombre de naissances avait brutalement chuté de 320 accouchements, en 2014, à 145, en 2017. Et la maternité n’attirait pas les médecins, ce qui entraînait des dysfonctionnement. L’ARS avançait le chiffre de quatre « événements indésirables graves » pour cette petite maternité.

Mais Oloron, si chère au cœur du député Jean Lassalle, n’est pas la seule petite ville à perdre ainsi sa maternité : en quinze ans, la France a fermé plus d’un tiers de ses maternités. On se souvient de la mobilisation des habitants de Die en 2017, dans la Drôme, la plus petite maternité de France.

Conséquence : les maternités réalisant plus de 3.000 accouchements par an ont triplé. Mais, autre conséquence : quand on habite la périphérie de la France périphérique, le temps de trajet pour se rendre à la maternité a aussi triplé et dépasse souvent les 45 minutes. Ce sont ces temps de trajet entre son village et la maternité la plus proche que le député Jean Lassalle a publiés sur sa page Facebook : 1 h 16, 1 h 21 et entre 67 et 71 kilomètres selon l’itinéraire choisi. Les mêmes chiffres pourraient être fournis pour bien d’autres départements ruraux : dans le Lot, depuis 2009, il n’y a plus qu’une seule maternité, à Cahors. Et c’est un tragique accident, en 2012, qui avait relancé le débat sur cette fermeture systématique des petites maternités : une femme enceinte de sept mois avait perdu son nouveau-né en le mettant au monde dans le véhicule conduit par son compagnon sur l’A20 car ils cherchaient à gagner la maternité de Brive, son gynécologue de Figeac (où la maternité avait été fermée) ayant conseillé une admission dans une maternité pouvant prendre en charge une grossesse délicate et un accouchement potentiellement à risque. L’événement avait eu un fort retentissement, poussant François Hollande à réitérer sa promesse : « Aucun Français ne doit se trouver à plus de trente minutes de soins d’urgence. »

Passons sur les promesses et les exigences vaines d’un président de la République ou d’un élu local. Et regardons la réalité.

Primo : cette France rurale très périphérique, dans les villages des Pyrénées comme dans les causses du Lot, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, est une France vieillie et qui fait de moins en moins d’enfants. Combien de naissances ou de jeunes couples dans votre village, cher Jean Lassalle ?

Deuzio : la France, faisant d’autres choix budgétaires, n’a pas voulu former les médecins et les spécialistes qui lui permettraient de maintenir son réseau de maternités.

Tertio : la grossesse n’est peut-être pas une maladie mais elle nécessite, de la part des parents, une vigilance, une organisation, parfois très tôt, et évidemment vers la fin. Et le facteur distance de la maternité doit entrer en ligne de compte.

C’est, en tout cas, ainsi que je l’ai vécu avec mon épouse, qui m’a parfois dit : « Hors de question que nous allions là-bas, c’est trop loin d’une maternité si problème ! » Je grognais et pleurais sur ma partie de pêche perdue au fond d’une vallée pyrénéenne, mais elle avait pris la sage décision.

Cela dit, si ces fermetures de maternités de la France périphérique, faute de médecins et de bébés, pouvaient inviter les Français à réfléchir sur « l’hiver démographique » qui les attend et à inventer d’autres solutions que le recours aux médecins étrangers et à l’immigration massive – dont tout le monde voit bien les limites -, le nouveau coup de gueule de Jean Lassalle n’aurait pas été inutile.

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