Editoriaux - Histoire - Presse - Société - 5 décembre 2017

Jean d’Ormesson ou l’inaltérable légèreté de l’être…

L’art de se faire aimer, surtout après sa mort…

Louons, une fois n’est pas coutume, l’ex-Président François Hollande pour cette clairvoyance, sans doute la seule – rapidement ensevelie sous les pelletées innombrables d’une presse aussi prolifique que rapidement périmée – de son quinquennat.

À l’un des plus célèbres pensionnaires du Quai Conti auquel il remettait, le 26 novembre 2014, la grand-croix de la Légion d’honneur, le Président du dixième étiage s’interrogeait à haute voix sur « ce don de Dieu […] si sélectif » qui avait touché l’académicien pendant le cours de sa longue vie. « Ceux qui racontent l’Histoire ont plus de chance d’être aimés que ceux qui font l’Histoire », conclut platement le locataire de l’Élysée, « mondialement connu en Corrèze », selon un d’Ormesson caustique.

Esprit acéré, mais d’une suprême élégance qui se reflétait tant dans son regard bleu vif que dans ses manières d’aristocrate de vieille souche, Jean d’Ormesson était le dernier vestige littéraire de l’esprit français. Né Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre d’Ormesson en 1925, l’auteur, entre autres, de L’Histoire du Juif errant et d’une intéressante (sans être originale) Histoire de la littérature française aura traversé son temps comme un précieux que le ridicule n’a jamais atteint.

Celui qui avait coutume de dire « Les honneurs, je les méprise, mais je ne déteste pas forcément ce que je méprise » résumait finalement assez bien ce qu’il a toujours été. Mondain et charmeur, nonchalant et spirituel, équanime et dilettante. Un homme de cour, ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, sachant quelquefois répondre en normand. Habilement opportuniste pour savoir s’attirer les faveurs de quelques puissants.

Normalien laborieux (il échoua d’abord à son bac et s’y reprit à deux fois pour obtenir son agrégation), il sera directeur général du Figaro de 1974 jusqu’à sa démission en 1977 (avant d’en réintégrer les pages du Figaro Magazine en 1983), après avoir fréquenté les cabinets ministériels ou pigé pour Paris Match et quelques quotidiens régionaux.

Sa plus belle œuvre sera, à presque quarante ans, son mariage avec Françoise Béghin, benjamine du magnat de la presse Ferdinand Béghin (il fut administrateur du Figaro) et PDG de la célèbre société sucrière Béghin-Say.

Sur le plan littéraire, « Jean d’O », comme l’appelait affectueusement le Paris germanopratin, est le Monsieur 10/20 des Lettres françaises, ce, nonobstant, son statut d’honorable sociétaire de la Coupole. Il est un peu l’élève moyen à qui l’on dit « peut mieux faire », le cancre suffisamment intelligent pour ne pas se mettre au fond de la classe. Son style si peu amphigourique n’en est pas moins traînant, digressif, langoureux, à la frontière de l’ennui. Sans aspérités, mais pas désagréable. Son genre ? Comme il le dit lui-même, « écrire presque rien sur presque tout », mais, il est vrai, dans une langue classique c’est-à-dire pleinement française.

Difficile, en effet, de ne pas aimer, en passant, cet homme frêle, à la voix délicieusement pointue, ce vain subtil aux arômes faussement modestes. Discrètement à droite. Heureusement, pas au point de froisser la susceptibilité de la pensée dominante.

Il s’en est allé avec une exquise discrétion, refermant ainsi les portes d’une non moins suprême élégance française.

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