Editoriaux - Justice - 22 septembre 2018

Jean-Claude Romand doit rester en prison

Le 18 septembre, la première demande de libération conditionnelle présentée par Jean-Claude Romand devait être examinée mais le tribunal de l’application des peines a renvoyé l’affaire pour éclaircir encore un point.

Quand cette juridiction aura à statuer, je crains le pire : qu’on fasse droit à la requête de JCR.

Le 25 juin 1996, Jean-Claude Romand est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de vingt-deux années de sûreté. Au cours du procès qui a duré six jours, il y apparaît, selon le chroniqueur de Libération, « comme un voisin de palier… simplement plus menteur que chacun d’entre nous ».

Après un examen de médecine raté, ne supportant pas cet échec il se construit une double existence rigoureusement séparée. Il fait croire à de brillantes études, se fait passer pour un cardiologue et affirme avoir été embauché à l’Organisation mondiale de la santé. Une existence apparemment normale sur le plan conjugal et familial et, parallèle mais totalement occulte, une quotidienneté jusqu’en 1993 de pur simulacre.

Le 9 janvier 1993, il tue à son domicile son épouse et ses deux enfants puis, après avoir déjeuné avec ses parents, il les abat à l’étage de leur maison. Sur la route de Paris, après avoir cherché à supprimer sa maîtresse qui lui réclame le remboursement d’une dette importante, il l’épargne en définitive

Est-il besoin d’insister sur l’exceptionnelle gravité de ces monstruosités commises par un père, un époux et un fils ? Elle n’a été discutée par personne.

Condamné au maximum, il a été – ce n’est pas rare – un détenu modèle en prison. Si j’usais de sarcasme, je pourrais soutenir qu’il l’a été autant que cardiologue dans sa vie antérieure.

La cour d’assises, en édictant vingt-deux années de sûreté (la période se terminait en 2015), décrète la mesure de sûreté maximale prévue par la loi mais, à l’évidence, n’a pas pour ambition intellectuelle et judiciaire, implicitement, d’ouvrir ensuite les vannes en faveur de l’accusé.

Magistrats et citoyens, en 1996, dans leur arrêt, ont pesé aussi bien l’extrémité des charges criminelles, les dévastations humaines opérées que la singularité de la personnalité et de la psychologie de Jean-Claude Romand. Nul besoin, donc, en théorie, d’aller mêler à cette rectitude judiciaire une cuisine pénitentiaire dont le seul principe, pour cette affaire comme sur tant d’autres, est de battre en brèche l’implacable et juste sanction d’une juridiction qui, quoi qu’on en dise, était encore plus exemplaire qu’elle ne l’est devenue.

Et la libération conditionnelle, comme mode d’exécution de la peine, si elle est ordonnée, représentera par rapport à l’absolu criminel une indulgence, un assouplissement que rien ne justifie. Sauf à considérer que, dans notre système, au nom d’une perversion de l’intelligence et de la sensibilité, même l’arrêt totalement cohérent par rapport aux crimes, aux douleurs et à l’être de l’accusé se doit d’être réduit, affaibli.

Je sais bien que, de manière aberrante et, au fond, presque immorale, le criminel le plus odieusement actif pour le pire, s’il suscite l’indignation jusqu’à sa condamnation, devient à partir de celle-ci seulement un homme qui va endurer la prison. La détestation de l’horreur va être remplacée par la compassion pour le prisonnier.

Jean-Claude Romand sortirait au bout de vingt-cinq années mais, face à lui – et comme ils ont raison -, les deux frères de son épouse assassinée Florence affirment que ce serait « les tuer tous une deuxième fois… »

On n’a même pas besoin d’invoquer, comme ils le font, qu’il peut être « encore dangereux ».

Pourquoi refuser cette évidence qu’il y aurait une injustice à laisser un tel criminel sortir même sur un mode conditionnel quand les proches des victimes, eux, auront à endurer à perpétuité le fardeau de leur atroce disparition ? Où est l’équité si on concède du limité à l’accusé quand l’innocence dévastée devra s’accommoder d’une souffrance infinie ?

Extrait de : Justice au Singulier
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