Editoriaux - International - 8 octobre 2018

Jair Bolsonaro, prochain président brésilien ? Il y a « populiste » et « populiste »…

Avec 46 % des voix, il a failli être élu président dès le premier tour. Surfant sur une vague allant de Donald Trump à Matteo Salvini, de Viktor Orbán à Vladimir Poutine, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, de Recep Tayyip Erdoğan à Sebastian Kurz ; c’est donc un candidat « populiste », Jair Bolsonaro, qui, au Brésil, a manqué de peu le sacre « populiste ».

Après, de quel « populisme » parlons-nous ? Tous les homologues « populistes » de Jair Bolsonaro ont généralement ceci de commun de défendre les intérêts de leurs peuples respectifs, au risque d’être « stigmatisés » par la majorité des médias occidentaux. Est-ce véritablement le cas de ce nouveau venu au club des pestiférés ? Rien n’est moins sûr.

En effet, Jair Bolsonaro succède à deux autres présidents également taxés de « populisme » : Luiz Inácio Lula da Silva et sa dauphine, Dilma Rousseff. « Populistes », ces derniers l’étaient au sens donné à ce terme en cette région du monde. C’est-à-dire ceux ayant osé se dresser contre le puissant et très envahissant voisin gringo, ces USA qui, depuis la doctrine Monroe, théorisée en 1823, entendent faire de l’Amérique latine et catholique leur éternelle vassale. Ceux qui se sont dressés contre ce diktat historique venaient de la droite comme de la gauche : Juan Perón et Fidel Castro, Daniel Ortega et Hugo Chávez. Voire même Augusto Pinochet qui, mis au pouvoir par la CIA, n’a eu de cesse, depuis le putsch de 1973, de renvoyer ses alliés d’hier au nord du Rio Grande pour mieux se consacrer aux intérêts de son pays.

Le président Lula était de la même trempe qui, issu des rangs syndicalistes et persécuté en son temps par la junte militaire ayant pris le pouvoir sur injonction américaine en 1964, pour ensuite le rendre en 1985 à la « société civile », n’hésita pas à mener seul sa barque. Ce qui était parfaitement logique, d’un point de vue « populiste », certes, mais participant avant tout d’une vision nationaliste. Ce qui a permis, Le Figaro dixit, de « sortir cinquante millions de Brésiliens de la pauvreté » et de susciter « l’émergence d’une classe moyenne ».

Mieux : Lula n’hésita pas à conclure des accords commerciaux avec l’Iran et la Chine, au nez et à la barbe de la Maison-Blanche, à se rapprocher d’autres populistes – Argentins, Vénézuéliens, Cubains, Boliviens, Équatoriens.

Jair Bolsonaro serait-il de cette trempe ? Il est à craindre que non. Certes, il plaît à une certaine droite européenne pour ses sorties visant le prosélytisme homosexuel, les dingueries féministes actuelles et le laxisme en matière de répression de la délinquance. Voilà qui, sans nul doute, en fait un conservateur. Car pour le reste…

En effet, le probable futur président brésilien reconnaît être nostalgique de la « junte » en question, période où son pays fut plus que jamais province yankee. Économiquement, il épouse les théories ultralibérales de Milton Friedman, dont les élèves, les fameux « Chicago Boys », auraient pu précipiter le Chili à sa perte si le général Pinochet n’y avait mis bon ordre. Écologiquement, thématique éminemment prégnante en cette terre majoritairement indienne, là où les rapports entre homme et nature participent encore des mêmes ancestrales croyances, il se propose pour un usage toujours plus massif des pesticides, tout en permettant aux grands propriétaires terriens – tous d’origine européenne – d’empêcher ces gueux de souche autochtone, les tristement célèbres « sans-terre », de cultiver les terres de leurs pères.

Les milieux d’affaires locaux ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, accordant leur soutien massif, quoique tardif, à Jair Bolsonaro. Comme « populiste », on a déjà vu plus crédible. Il est vrai que ce probable et nouvel « homme fort » fait déjà presque un peu partie du sérail. Un signe parmi d’autres ? Sa foi catholique, il l’a bazardée en 2006, se faisant baptiser évangéliste par un pasteur américain. Et en Israël, tant qu’à faire ; ce que le même Figaro ne manque pas de rappeler.

PS : en France, d’autres populistes, lepénistes comme mélenchonistes, semblent d’ailleurs ne s’y être pas trompés : leurs sites officiels respectifs demeurent plus que discrets sur cette élection.

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