Editoriaux - International - 2 janvier 2019

Jair Bolsonaro : le Donald Trump brésilien ?

Depuis ce 1er janvier 2019, Jair Bolsonaro, fort de 55 % des suffrages, est devenu le trente-huitième président du Brésil, première puissance d’Amérique latine. Inutile de préciser que son discours d’investiture était attendu au tournant, que ce soit par le monde politique ou le monde médiatique. En un sens, ces derniers n’ont pas dû être déçus.

Ainsi a-t-il dressé les contours du « Brésil de ses rêves », débarrassé de « l’idéologie de gauche » et du « politiquement correct », tout en promettant de « rétablir l’ordre ». Ayant été principalement élu contre une corruption endémique et une violence de plus en plus galopante, il était logique qu’il s’en prenne au « joug » de cette même corruption, sans négliger « l’irresponsabilité économique et son carcan idéologique ».

Une « opération mains propres » à la brésilienne est-elle sérieusement envisageable ? Ses prédécesseurs Luiz Inácio Lula et Dilma Rousseff promettaient la même chose, avant que le premier ne finisse par tomber à son tour pour une affaire, certes des plus modestes, mais une affaire tout de même. Pour ce qui est de l’insécurité, Jair Bolsonaro entend réarmer les « gens bien » afin qu’ils puissent se faire justice le cas échéant. Si 61 % des Brésiliens sont contre cette mesure, les 39 % à y être favorables paraissent plus que déterminés.

En revanche, la possible interdiction du mariage homosexuel pourrait bénéficier d’un plus large consensus même si le Brésil, fort d’une réputation « gay-friendly » non usurpée, fait figure d’exception sur ce continent. En effet, Jair Bolsonaro ne s’est pas privé de mettre les questions morales et religieuses au cœur de sa campagne. Soutenu par la très envahissante Église évangélique et ses puissants réseaux – réseaux sociaux, principalement –, il n’en néglige pas pour autant l’Église catholique, encore majoritaire au Brésil, mais singulièrement en perte de vitesse. Le 30 novembre dernier, un mois après son élection, il s’invite donc à Aparecida, ville mariale par excellence : « Le peuple brésilien est en grande partie catholique et doit être respecté. […] On parle beaucoup de l’État laïque, mais nous sommes chrétiens. Cela doit être pris en compte. Le respect de la religion sera présent dans notre gouvernement. »

Un tel discours, « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », ne pouvait que séduire une large partie des électeurs, et pas forcément les plus conservateurs. Mais c’est dans le domaine économique que le chemin risque d’être plus hasardeux, sachant que cette partie de son programme s’est trouvée largement éclipsée par des déclarations sociétales à l’emporte-pièce. En la matière, le maître à penser de Jair Bolsonaro n’est autre que Paulo Guedes, formé à l’école des « Chicago Boys », fondée par l’ultra-libéral Milton Friedman. Sans surprise, il a été nommé « super-ministre » de l’Économie.

À son programme : privatisation de pans entiers du secteur public et ouverture généralisée du pays au commerce international, c’est-à-dire aux produits venus des USA. Jair Bolsonaro se veut disciple de Donald Trump, sauf en matière de protectionnisme, semble-t-il… Idem pour la politique étrangère, d’ailleurs, tel qu’en témoigne la personnalité de son nouveau ministre des Relations extérieures, Ernesto Araújo. Lequel est persuadé « qu’avec Dieu, Donald Trump est le seul à pouvoir encore sauver l’Occident ». Personne ne sera surpris d’apprendre que ce ministre prône un alignement quasi inconditionnel sur Washington.

Historiquement, les peuples d’Amérique latine ont toujours été défiants – pour ne pas dire plus, et non sans raisons – vis-à-vis de l’encombrant voisin yankee. Jair Bolsonaro, qui entend redonner tout son lustre à la fierté brésilienne, a-t-il conscience qu’à trop s’inféoder à la Maison-Blanche, il pourrait bien obtenir l’effet inverse et ruiner son actuelle popularité ? L’avenir devrait le dire assez prochainement.

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