Discours - Editoriaux - Histoire - Polémiques - 24 septembre 2016

J’ai déçu. J’ai été battu. Je laisse la place pour 2017…

Avec le dévoiement de l’État de droit durant son quinquennat, grâce notamment à la complicité de quelques magistrats égarés, Nicolas Sarkozy m’était déjà apparu comme un "Caligula au petit pied" et j’avais dû me justifier à la suite d’un entretien dans Le Monde qui, alors, me sollicitait car j’étais dans la bonne "ligne".

Nicolas Sarkozy, à propos de sa phrase sur les Gaulois, a suscité une controverse totalement absurde. Ses propos engendrent suffisamment de polémiques en général sans qu’il faille en rajouter sur le plan de la dénonciation ou même de l’indignation surjouée.

Il a, d’ailleurs, remarquablement répondu en invoquant, dans un dîner-débat organisé par Valeurs actuelles, "le roman national" et le récit d’une France qui, quelles que soient les origines, évidemment diverses, de chacun, constituent pourtant l’ensemble des citoyens de notre pays comme les héritiers des gloires et des ombres de l’Histoire. Le droit à la différence ressassé pour tout et n’importe quoi n’est d’ailleurs pas nié, pour peu qu’on admette l’existence d’un lieu commun qui est précisément la France, son esprit, ses symboles et aussi ses anecdotes, ses légendes. Raisonner de la sorte, ce n’est pas privatiser la France, c’est au contraire l’universaliser en la déclarant à la disposition de tous.

L’ancien Président n’a pas manqué, sur ce plan, de reprocher à Bruno Le Maire sa démagogie. Ce dernier devrait prendre garde, à force de vouloir se présenter comme nouveau, à ne pas tomber dans les vieilles lunes d’une bienséance pas assez questionnée.

Mais Nicolas Sarkozy est agaçant. On ne peut jamais être totalement tranquille avec lui. Il est aux antipodes du simplisme qu’il affectionne dans les manifestations publiques et de cette droitisation qu’il cultive à proportion même de la détestation qu’elle inspire à ses adversaires de gauche, mais pas seulement. On aimerait, une fois, pouvoir adhérer sans réserve, sans nuance, sans avoir à discriminer, à une intervention de Nicolas Sarkozy.

Devant cette même association – il y avait 500 personnes -, il a dénoncé l’inexpérience de Marine Le Pen en répondant à une femme qu’il avait déçue et qui avait rejoint le FN. Pourquoi pas ?

Reste qu’il sera de plus en plus difficile, pour lui, de prétendre réduire le FN alors qu’il l’enfle par son obsession, sur un certain registre, à offrir la copie d’un original rendu plus fort encore par l’imitation. Il ne dépouille pas le FN, il l’enrichit.

Mais au moins cette joute n’était-elle pas ridicule.

On y est tombé quand, s’inspirant de Nelson Mandela mais plus profondément d’une romanité de pacotille, il s’est exclamé sans qu’on rie autour de lui : « En 2007 j’ai gagné, en 2012 j’ai appris, en 2017 je suis prêt pour vous. »

La France est-elle un champ d’expérience, un laboratoire où on peut venir, se tromper, se repentir, apprendre, déserter, réapparaître, se rengorger pour, enfin, à nouveau, se prétendre irremplaçable ? J’entends bien que notre République autorise, dans son infinie mansuétude, des sessions, des mandats de rattrapage ; mais tout de même, il ne faudrait pas en abuser.

Nicolas Sarkozy a envie de nous répéter peu ou prou le même discours et je crains que l’expansion de sa nature, l’imprévisibilité, parfois bienfaisante, souvent préjudiciable, de sa personnalité nous confrontent à une pratique présidentielle qui serait la même. On ne parvient jamais à limer ce qu’on est.

François Hollande a gravement échoué mais comme on s’illusionne aisément, il va se persuader qu’il y a "un trou de souris" et se faire éliminer dès le premier tour de l’élection présidentielle.

Si j’osais, je proposerais bien à Nicolas Sarkozy, petit César, une formulation moins ambitieuse, plus réaliste.

J’ai fait une campagne de 2007 réussie. J’ai déçu durant mon quinquennat. Donc j’ai été battu en 2012. Et je laisse la place pour 2017.

Mais ce ne serait pas lui pour le meilleur comme pour le pire.

Extrait de : Nicolas Sarkozy, petit César ?

Commentaires fermés sur J’ai déçu. J’ai été battu. Je laisse la place pour 2017…

À lire aussi

Course-poursuite mortelle rue Condorcet : mon soutien réfléchi va à la police

La mort sur un plateau de la balance ne permet pas de placer toute la culpabilité sur l'au…