Jacques Sapir : En 2013, la France devrait être en récession

Economiste
 

Entretien réalisé par Baudouin de Saxel

Mercredi dernier, le gouvernement changeait son fusil d’épaule et enterrait l’objectif de réduction du déficit à 3% du PIB en 2013. Pour l’économiste Jacques Sapir, trêve d’utopie, il est temps de quitter la zone euro.

La promesse de François Hollande était-elle impossible à tenir ?

Le gouvernement n’avait aucune chance d’atteindre ses objectifs de croissance et de déficit, et ce pour des raisons très simples. Jean-Marc Ayrault et ses ministres ont fondé leurs calculs sur des données issues d’un modèle de l’INSEE. Or, ce modèle utilise des coefficients qui n’ont pas été réévalués depuis des années. C’est le cas du « multiplicateur des dépenses publiques ». Il mesure l’impact d’une variation des impôts ou des dépenses publiques sur la croissance. Pour l’INSEE, ce multiplicateur est de l’ordre de 0,5 % alors que le FMI a reconnu qu’il était largement supérieur à 1 %. Les calculs sont donc inévitablement faussés et les prévisions deviennent irréalistes. J’estime que le déficit de l’année 2013 devrait s’établir autour de 3,8 % alors que la France sera vraisemblablement en récession avec une croissance de -0,3 % à -0,7 %.

Le Premier ministre a insisté sur la bonne trajectoire économique du pays. La politique d’austérité finira t-elle par porter ses fruits ?

Tout d’abord, nous ne sommes pas sur une « bonne » trajectoire.

La situation est catastrophique ! Les politiques d’austérité ne fonctionnent pas, qu’elles passent par une hausse des impôts ou des coupes dans les dépenses publiques. Elles entraînent une forte contraction de la croissance. La croissance est la seule solution, mais il est impossible de la mettre en œuvre comme on met en œuvre l’austérité. En effet, elle dépend de facteurs comme la croissance de la demande – interne et externe – ou de la compétitivité des entreprises. Récemment, Goldman Sachs a proposé de baisser les salaires et les revenus de 30 %. Pour provoquer un choc de compétitivité, il n’y a pas mieux, mais cela diminuerait drastiquement la demande interne dans des proportions supérieures à ce que nous pourrions gagner en exportation. Cela aggraverait la situation. Aujourd’hui, hormis la dévaluation, point de salut.

Qui dit dévaluation dit sortie de la zone euro…

Retrouver notre souveraineté monétaire est, plus qu’une évidence, une nécessité. Il s’agit de la seule issue envisageable pour rééquilibrer nos comptes publics et relancer la croissance. La France a structurellement un taux d’inflation supérieur à l’Allemagne. Il faut en tenir compte. Nos gouvernants doivent choisir, privilégier la stabilité de la zone euro ou la bonne santé économique de la France.

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