L’état d’urgence : une passoire, même pour des ministres

Journaliste

Ancien chef d’édition à RTL (1967-2001)

 

Remplacez « agriculteurs pacifiques » par « terroristes islamistes » et M. Le Foll, voire M. Le Drian, ne seraient plus de ce monde ! De là à passer de « l’état d’urgence-passoire » à l’état de siège réel…

Quel est cet état d’urgence qui permet non seulement à des commandos du grand banditisme de se promener armés, souvent de kalachnikov, dans Paris, Aix-en-Provence, Toulouse – entre autres – et de repartir sereins leur forfait accompli, mais aussi à des « commandos » d’agriculteurs – eux, heureusement pacifiques et non armés, sinon de leurs inoffensifs arguments verbaux que nos responsables ne veulent même pas entendre – d’arriver jusqu’à frapper sinon leur ministre, M. Stéphane Le Foll, du moins à l’entrée de son propre domicile au Mans !

Oh ! Qu’il n’avait pas l’air content, notre bougon ministre de l’Agriculture devant la trentaine d’intrus ! Il s’en est même plaint devant caméras et micros : « Je vais être franc : ce n’est pas la bonne méthode. Je ne pense pas que venir un dimanche soir chez le ministre pour lui imposer quoi que ce soit, ce soit la bonne méthode […]. Quand j’ai ouvert ma barrière, il y avait 30 agriculteurs qui étaient là. J’ai discuté pendant une heure et quart. Ce genre de rencontres, je suis prêt à les assumer. » Et il a ajouté – semblant évoquer la venue d’autres manifestants mais pas du tout le risque terroriste, ben voyons ! – : « Je sais aussi qu’un jour, je peux tomber sur des gens moins attentifs à l’écoute et au dialogue. »

Pourtant, au lieu de « tancer » ses visiteurs, il aurait dû les remercier d’avoir piétiné ses plates-bandes : il pourra ainsi demander plus de protection extérieure à son copain de l’Intérieur ! Car, de simples quidams ayant pu atteindre sans encombre sa porte, qu’aurait pu perpétrer un commando islamiste ? Ses membres n’auraient certainement pas pris la peine de sonner à la barrière et d’attendre que leur « hôte » veuille bien ouvrir pour tailler une bavette avec eux ! La barrière aurait été allègrement sautée et une seule rafale de « kalach » aurait eu raison de la porte… Et pas seulement de la porte !

Ce n’est pas tout : le même soir à Guidel (Morbihan), si les agriculteurs du Finistère n’avaient pas été une centaine mais trois ou quatre – à l’image d’un commando terroriste -, auraient-ils été repérés avant d’atteindre la demeure de M. Le Drian, président de la région, mais surtout ministre de la Défense ? Quelle une pour la presse internationale : « France : deux ministres dont celui de la… Défense attaqués chez eux ! »

Après ces visites bon enfant jusqu’aux domiciles personnels de membres du gouvernement, comment le Français moyen – que je suis – pourrait-il se sentir en sécurité derrière sa modeste porte d’entrée avec ce bouclier en forme de passoire à gros trous qu’est l’état d’urgence ? Mais ce n’est pas demain que même un ministre de la Défense, bien qu’importuné à domicile, militera pour le passage à l’état de siège, qui donnerait pourtant plus de pouvoir à « ses » militaires…

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Ancien chef d’édition à RTL (1967-2001)

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