Immigration & Diversité - Italie

Italie : rixe au Sénat durant le débat sur le droit du sol

Journaliste

résidant en Italie

 

Dans un pays où la fierté d’en être est encore ressentie, vouloir réduire la nationalité à un simple fait bureaucratique déclenche de vives réactions. À Rome, jeudi 15 juin, le débat sur l’introduction du droit du sol a tourné à la rixe entre les élus de la Ligue du Nord et les pro-ius soli. Après avoir été bousculé, le ministre de l’Éducation Valeria Fedeli a fini à l’infirmerie, où des pansements lui ont été appliqués.

Rien de bien grave, en somme, contrairement aux manifestations qui avaient lieu à l’extérieur de l’édifice où la police n’a pas hésité à charger les militants de CasaPound, l’association des « Italiens qui ne se rendent pas », qui protestaient contre la proposition, brandissant les photos des principaux terroristes islamistes qui ont récemment frappé en Europe avec la mention de leur nationalité acquise grâce au droit du sol : Abdelhamid Abaaoud « Belge » ; Djihad John « Anglais », Salah Abdeslam « Français ».

Si le moment historique actuel, mélange de risque d’attentats terroristes, d’invasion migratoire et de remplacement démographique, est dénoncé, c’est surtout sur le plan civilisationnel que les opposants au projet de loi entendent placer le débat : réitérant que l’italianité ne veut pas simplement dire y être né, mais faire partie intégrante d’un peuple qui possède une langue, une culture, une histoire propre ; s’inscrire dans une continuité en étant le maillon qui relie ces ancêtres spécifiques qui ont fait l’Italie et ces enfants particuliers qui la perpétueront.

Le Mouvement 5 étoiles a, quant à lui, une fois de plus démontré son intrinsèque incohérence : alors que son leader Beppe Grillo semble être contre, ses élus y sont plutôt favorables. Pour ne pas rebuter leurs électeurs – qui les ont boudés durant les dernières élections –, ces derniers se sont abstenus. Ils ont annoncé vouloir rassembler le nombre de signatures nécessaires à l’instauration d’un référendum. Action que tous les principaux partis d’opposition – Ligue du Nord, Fratelli d’Italia, Movimento Sovranista, Forza Italia – ont décidé d’entreprendre.

Les promoteurs du droit du sol parlent, quant à eux, d’« urgence » pour les enfants d’immigrés, insinuant fallacieusement que ces derniers seraient victimes d’une injustice (alors qu’ils ont, de fait, accès au logement, à l’instruction ainsi qu’à tous les services dont bénéficient les enfants autochtones) et oubliant que les normes actuelles prévoient déjà l’automatique obtention de la nationalité italienne aux enfants d’un parent étranger ou de deux parents étrangers dont au moins un aurait acquis la citoyenneté. Ainsi, sur les 205.000 étrangers l’ayant obtenue en 2016, plus d’un tiers étaient mineurs.

Mais les décontructionnistes œuvrent toujours de la même façon, invoquant « la marche du monde », « le progrès », et traitant de « réactionnaires » ou de « racistes » quiconque s’oppose à leur vision. Voilà pourquoi ils ne vous diront pas que la marche du monde va dans le sens du droit du sang : non seulement il est appliqué par un nombre majeur de pays, mais en seulement cinquante ans, la moitié des nations appliquant le droit du sol y ont renoncé.

résidant en Italie

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