Élections en Italie

Italie : les pièges qui attendent l’alliance de la Ligue avec le Mouvement 5 étoiles

Informaticien
 

Le 9 mai, à Florence, pour une cérémonie – au titre en anglais ! – d’adulation de l’Union européenne, Sergio Mattarella, le très européiste président italien, a fustigé « l’hégémonie des particularismes sans futur et la narration souverainiste, prompte à proposer des solutions aussi séduisantes qu’impraticables ». Il fallait rassurer Bruxelles : le futur gouvernement de l’Italie sera bien aux ordres de l’aristocratie libérale-mondialiste. Sans ambages, il a rejeté le choix démocratique de nombreux Italiens et lancé à Di Maio le signal qu’il était adoubé ; lisse et propre sur lui, ce dernier a bien mérité de l’oligarchie en tuant le père, Beppe Grillo, et en jugulant la part radicale-citoyenne du Movimento Cinque Stelle ; restent quelques revendications peu bouleversantes que la social-démocratie saura digérer.

Salvini et Di Maio négocient donc le programme qui pourrait ne pas trop déplaire à leurs bases, éviter les foudres de Berlin et ménager leur image pour le combat singulier qui les opposera lorsque le moment de la rupture sera venu.

Quelques chiens de garde bruxellois ont rappelé que l’Italie est sous la domination de l’Union européenne ! Ainsi, la Banque d’Italie a publié un avis alarmant sur l’économie, jouant sur la peur d’un « traitement à la grecque » si une politique plus volontariste et plus redistributrice était mise en œuvre. Un éditorialiste a résumé les dires de quelques hauts fonctionnaires, selon lesquels l’article 117 de la charte prescrit que « Salvini ne trouvera pas le champ libre, même sur l’immigration et les réfugiés, pas davantage sur les comptes et les liens avec l’UE », bref, ce n’est pas aux élus des peuples de choisir la politique de leur pays, sauf s’ils sont ceux que la Commission européenne a choisis !

Justement, le choix du Premier ministre se révèle compliqué : Salvini est invalidé par l’Union européenne et ne dispose, allié avec M5S, que d’une promesse d’abstention bienveillante de Forza Italia. Di Maio, à supposer l’accord de la Lega, n’est pas non plus souhaité par Bruxelles, qui garde son cœur à Renzi, espérant le retour prochain des Italiens dans le bipartisme castrateur. Divers personnages sont récusés par les uns ou les autres, souvent par peur de la réaction des militants : c’est le cas de Giancarlo Giorgetti, gagnant quelques heures, mais rattrapé par une affaire de corruption non dénoncée.

Fidèle à ses déclarations, l’idée de Di Maio est d’aboutir à un contrat de gouvernement, évitant ainsi les psychodrames à chaque vote parlementaire. Mais – concession à son aile gauche – il annonce que le texte sera soumis au vote des membres de M5S. Salvini, au contraire, veut surtout une définition des responsabilités gouvernementales et des thèmes d’action.

« Nous voulons un gouvernement qui fera le contraire de ce que l’Europe demande, et qui raccompagnera chez eux les migrants qui arriveront cet été », proclame Salvini dans une réunion le 5 mai. « Toute l’Europe réfléchit à comment changer, moi je n’ai pas de préjugés, mais je n’ai rien à faire avec les extrémistes », avait dit, il y a un mois, Di Maio. On le voit, la commedia dell’arte pourrait tourner au vinaigre assez vite. L’Union européenne est aux aguets et veille au grain. Ainsi, c’est Di Maio qui pourrait devenir le ministre des Affaires étrangères, gardant à l’Italie une image convenable, bien huilée, sans incongruités en ces temps de Brexit. À Salvini l’intérieur, le piège : soit il ne fait rien et perd son avantage et ses troupes, soit il agit mais, entravé et combattu, va à l’échec.

Movimento Cinque Stelle aurait le ministère du Travail, piégeux aussi, mais gageons que l’Union européenne sera moins regardante avec le retour à l’ancien système de pension de retraite que sur les expulsions des 600.000 clandestins qui empoisonnent l’Italie ; la Lega aurait la Justice.

À noter que les noms qui circulent sont tous des élus. C’est lundi que l’on devrait connaître les ministres et, surtout, le premier d’entre eux, à moins que d’ici là…

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