Italie : en marche vers le triumvirat ?

Après avoir été, un temps, tentés par le consulat, Salvini et Di Maio ont opté pour le triumvirat. Rappelons que les précédents se sont achevés par la prise de pouvoir de Jules César, puis d’Octave Auguste, tous deux portés par un parti, les Populares.

Ces accords avaient pour objet d’éviter l’affrontement entre deux politiques, deux chefs inconciliables en adjoignant un troisième homme censé tempérer les ardeurs et faire le lien avec le reste de la société, sans concurrencer les deux principaux ; le choix du terne inconnu Giuseppe Conte comme « Premier » répond à cette nécessité.

Petit clin d’œil de l’Histoire : l’Afrique tint un rôle important dans les crises de régime de la République romaine ; c’est sur l’invasion africaine que les deux populistes finiront par s’opposer.

Jusqu’au bout, l’Union européenne a tenté d’éviter ce gouvernement hors normes, y compris avec des allégations de curriculum vitae faussé par le candidat désigné par les vainqueurs des élections. Mais Mattarella a fini par accéder à la demande démocratique ; Conte a accepté la charge, sous réserve.

Dans sa courte et sobre allocution, usant du ton mesuré du professeur de droit qu’il est, Conte a rappelé qu’il se plaçait dans le respect des engagements de l’Italie et des prérogatives du président de la République. Son gouvernent sera présenté à la censure du Parlement avec un programme provenant de l’accord des forces majoritaires. Mais il a aussi indiqué qu’il présiderait un gouvernement de changement, présent partout pour défendre prioritairement les intérêts du peuple italien, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Peu après la fin de la déclaration, Forza Italia a fait savoir qu’elle ne voterait pas la confiance à ce gouvernement – pourtant encore inconnu ! – « loin des exigences des Italiens ». À quoi Salvini répond : « J’espère que personne ne mettra d’obstacles à un gouvernement que les Italiens attendent. »

Avec une Lega dépassant les 25 % d’intentions de vote, aucun gouvernement, dans le futur proche ou éloigné de quelques mois, ne se fera sans l’accord de Salvini, mais pour quoi faire ? La troisième République, comme le dit avec fougue Di Maio : moins de parlementaires, moins de luxe et de lustre pour les représentants du peuple, plus de contraintes juridiques, le retranchement de l’Italie derrière l’OTAN, sans interventions externes, la courte vue, l’absence de vision novatrice, bref, des institutions citoyennes comme dans n’importe quelle démocratie sociale-démocrate, la politique soumise à la morale protestante – Reykjavik sur Tibre !

Ou l’expulsion de 1.000 migrants par jour ? La sortie de l’Italie de l’étranglement de l’euro ? À cette question, le député Carelli (M5S réformateur) a répondu : « Si les choses se passent selon nos plans il n’y aura pas de nécessité. »

Toute la journée, à l’assemblée annuelle de Confindustria, le puissant syndicat patronal italien, les intervenions ont annoncé la catastrophe si les « raisonnables ne prennent pas le dessus », appelant la société « civile à faire un mur contre les populismes destructeurs ». Que M5S et la Lega représentent presque deux Italiens sur trois ne semble pas avoir d’importance. Le Financial Time, à Londres, en rajoute en disant que « ce gouvernement pourrait faire vaciller l’euro », et ses actionnaires montrent leur force : sous la pression financière, la Bourse de Milan est tirée vers le bas et le « spread » vers le haut ; à plus de 200, cela signifie que les taux d’intérêt de l’Italie sont, aujourd’hui, trois fois plus élevés que ceux de l’Allemagne : vive l’Europe !

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