Accord nucléaire iranien

Iran : M. Trump va-t-il faire monter le prix du super jusqu’à 1,80 € ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Que se passera-t-il si M. Trump annonce, ce mardi à 20 h, que son pays se retire de l’accord nucléaire avec l’Iran ?

Le président iranien Rohani refuse de renégocier comme le souhaitent les Allemands et les Anglais, mais il est prêt à respecter les termes du compromis passé en 2016 si les autres nations lui donnent des garanties. S’il impose son point de vue à ses compatriotes, si les Européens, bon gré, mal gré, l’appuient, le retrait décidé par Trump aura peu de conséquences car les sanctions unilatérales qu’il imposera seront peu efficaces.

Certes, Washington poursuivra les firmes même étrangères qui opèrent aux États-Unis et qui continueront de commercer avec l’Iran. Cela concerne, par exemple, les constructeurs automobiles français, les compagnies pétrolières et les banques. Les amendes infligées aux contrevenants seront suffisamment dissuasives (de l’ordre d’un milliard de dollars) pour perturber le commerce avec l’ancienne Perse, mais sans l’abolir, et la production de pétrole de ce pays restera à un niveau élevé.

Mais M. Rohani n’est pas le seul à décider en Iran, bien qu’il ait été élu par le peuple. Les conservateurs, qui contrôlent les forces armées, n’ont jamais admis l’accord sur le nucléaire. Pour eux, leur pays a fait trop de concessions sans obtenir, en échange, de garanties suffisantes. Leur position est renforcée par la mauvaise santé de l’économie iranienne. La fin des sanctions n’a pas boosté cette dernière (ce qui était la contrepartie attendue de l’accord) et beaucoup de responsables, à Téhéran, ont l’impression d’avoir passé un marché de dupes. Les forces militaires iraniennes peuvent décider de leur propre chef de reprendre le programme nucléaire. Les nations occidentales se joindraient alors aux sanctions américaines.

L’Iran ne pourrait plus écouler son pétrole. Sa production passerait de 2,5 millions de barils par jour à 1 million, provoquant une nouvelle crise pétrolière. Le prix du baril, qui a dépassé récemment les 70 dollars, risquerait de monter jusqu’à 200 dollars et les Français paieraient 1,80 € le litre de super.

Mais ce n’est pas le pire : l’Iran a suffisamment de scientifiques compétents pour mettre au point, dans un délai de deux ans, la bombe et des missiles balistiques capables d’emporter une charge nucléaire. Par réaction, l’Arabie saoudite se doterait, elle aussi, de la bombe.

Que des armements nucléaires sophistiqués soient entre les mains de gouvernements qui risquent à tout moment d’être renversés par des islamistes est effrayant. Mais avant que l’Iran ne se dote de la bombe, Israël (ou les États-Unis) risque d’intervenir et de bombarder les installations nucléaires iraniennes. Cette intervention militaire déclencherait une déflagration dans tout le Moyen-Orient. Le Hezbollah libanais et le Hamas noieraient Israël sous un déluge de feu et le détroit d’Ormuz où transitent les pétroliers serait fermé, provoquant une grave pénurie de pétrole.

Rien ne dit que les États-Unis et Israël sortiraient vainqueurs de cette
confrontation. Heureusement, le pire n’est jamais sûr.

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