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Investissements étrangers en France : le « show » d’Emmanuel Macron

Professeur agrégé et écrivain
 

Fidèle à ses habitudes, M. Macron scénarise ses interventions et espère convaincre les électeurs qu’il agit là où ses prédécesseurs ne faisaient rien. Bien entendu, cette agitation n’est que de la propagande et lorsqu’on gratte, on découvre surtout une forme de continuité avec les politiques antérieurement suivies.

Donc, M. Macron a fait un show à Versailles (qui nous a coûté un ou deux millions d’euros), dont le titre en anglais (Choose France) est déjà une agression gratuite envers notre belle langue. 140 patrons de grands groupes étaient là et, pour finir, 3,5 milliards d’investissements ont été annoncés pour la création de 2.200 emplois. Or, en 2015, les étrangers ont investi 36 milliards dans l’Hexagone. Le grand raout qui vient de se tenir ne marque donc pas une inflexion, mais juste une continuité (en espérant qu’il ne cache pas, en fait, une grave régression, car les chiffres annoncés triomphalement sont vraiment bas).

Toyota va investir 300 millions d’euros (dont une partie est payée par les collectivités locales) et il créera 800 emplois et augmentera sa production de 25 %. Un éditeur allemand de logiciels SPA fera mieux, avec 750 millions, mais le nombre d’ingénieurs recrutés n’est pas précisé. Sans doute sera-t-il modeste ? Le groupe pharmaceutique Novartis va mettre sur la table 900 millions : 300 pour son siège social, 300 pour développer un laboratoire (peu polluant), 100 pour étendre une usine (polluante) et 200 pour décontaminer un site.

Facebook va former 65.000 personnes, dont 50.000 demandeurs d’emploi, et investir 10 millions dans des recherches sur l’intelligence artificielle. (Pour finir, c’est vraiment peu !)

Un peu plus conséquent : Google va recruter 300 personnes en plus et ouvrir un centre de recherche sur l’intelligence artificielle. Sans doute est-il attiré, comme la firme de Mark Zuckerberg, par les qualités des ingénieurs français, qui sont parmi les plus compétitifs au monde ?

Nous trouvons, ensuite, une demi-douzaine de projets : Manpower va recruter 1.000 personnes en CDI intérimaire (donc, il ne s’agit pas de création ex nihilo d’emplois) ; General Mills embauchera 50 personnes et dépensera 17 millions ; East Balt 37 millions pour 65 nouveaux postes ; le Coréen SPC 20 millions pour 45 emplois et 120 emplois seront créés sur trois ans chez AirTies.

Finalement, lorsqu’on les étudie dans le détail, les résultats de cette réunion sont modestes malgré les efforts de l’Élysée. Les investissements étrangers augmentent régulièrement après avoir connu un plus bas en 2013 (merci, M. Hollande !), mais les créations d’emplois qui en découlent ne cessent de diminuer. On est passé de 50.000, en 2014, à 30.000, en 2017, ce qui constitue une goutte d’eau par rapport au chômage massif. La raison est toujours la même : les usines tournent avec de moins en moins d’ouvriers. Aujourd’hui, 500 personnes produisent autant que 5.000 il y a trente ans. Seuls les services embauchent massivement, et c’est sur ce créneau que nous devons nous battre.