Intersexualité : faut-il reconnaître le genre « neutre » ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est un parcours du combattant particulièrement éprouvant, une lutte incessante pour pouvoir « être soi » et, surtout, l’être face au monde qui, par tradition autant que par peur de l’anormalité, ne peut se résoudre à accepter ce qui est.

Cette anormalité, c’est l’intersexuation. Un drame pour les parents de l’enfant qui arrive ainsi privé de ce qui semble une évidence – un sexe défini –, et un drame plus grand encore pour celui/celle qui va devoir se construire dans un entre-deux chaviré par les désordres physiques, les traitements lourds (opérations, traitements hormonaux, etc.) imposés souvent en pure perte avant une vie nécessairement en marge.

La Cour de cassation se penche, aujourd’hui 4 mai, sur l’un de ces cas : celui d’une personne que le tribunal avait autorisée, en 2015, à faire apposer sur son état civil la mention « sexe neutre ». Acceptée par un juge des affaires familiales de Tours, sa demande avait néanmoins été rejetée par la cour d’appel d’Orléans après que le parquet eut fait appel. Le dossier est ainsi arrivé devant la Cour de cassation, révélant la situation inextricable – moralement autant que physiquement – où se débattent les personnes intersexuées.

Comme un enfant sur 100.000 en France et 1,7 % de la population mondiale (chiffres qu’on sait sous-estimés, compte tenu du tabou qui pèse sur cette réalité biologique), X est né-e avec ce que l’on appelle une « ambiguïté sexuelle visible ». Dans son cas, un « vagin rudimentaire » et un « micropénis » sans testicules ; il/elle ne peut donc être classé homme ou femme selon les critères habituels.

Si l’affaire est aujourd’hui devant la Cour de cassation, c’est, a dit le parquet dans son appel, par crainte que le jugement de 2015 n’entraîne la création d’un « troisième sexe » ou la remise en cause de « la binarité ancestrale des sexes ».

Bien des choses ont été remises en cause au fil des siècles, les avancées de la science venant balayer des vérités tenues pour ancestrales elles aussi. Mais paradoxalement, certaines remises en cause sont aujourd’hui obérées par le poids des enjeux politiques autour de l’égalité, qu’on confond d’ailleurs avec l’identité (au sens de « même »). Ici, les revendications LGBT et autres transgenres ainsi que les polémiques sur la construction des sexes que certains disent purement « sociale » viennent polluer le débat.

Or, il ne s’agit pas, dans le cas évoqué ici, d’idées fumeuses sur l’abolition du genre mais bien d’une réalité physique, celle qui peut résulter d’une « variation génétique des chromosomes sexuels » ou bien d’un désordre hormonal chez la mère, dit un urologue. Ainsi, « si une grossesse ne s’est pas déroulée normalement parce que la mère manque de testostérone, l’enfant naît avec une anatomie indéterminée ».

Jusqu’ici, on a cru régler le problème en opérant systématiquement les enfants pour leur « offrir » le sexe qu’ils n’ont pas, avec, le plus souvent, un désastre à la clé. Car « on tente arbitrairement de choisir un sexe masculin ou féminin sans savoir comment ces bébés vont évoluer en les opérant », disait l’avocat de X, à l’origine de la demande à Tours. « Ces opérations n’ont pas d’intérêt thérapeutique. On ne privilégie donc pas l’intérêt de l’enfant et son bien-être, mais plutôt celui des parents et de la société, qui n’a prévu que deux cases, masculin et féminin », ce qui entraînes de lourdes séquelles psychologiques et corporelles pour la personne concernée.

Tous les gens qui ont voyagé en Asie savent qu’on reconnaît dans maints pays un troisième sexe, et dans son rejet, la cour d’appel d’Orléans a fort justement argumenté que « reconnaître, sous couvert d’une simple rectification d’état civil, l’existence d’une autre catégorie sexuelle » était une décision risquant de modifier grandement l’état civil français et que cela outrepassait « l’office du juge ».

C’est aussi la position du premier avocat général de la Cour de cassation, Philippe Ingall-Montagnier, qui demande le rejet du pourvoi et réclame que cette question soit réglée par le pouvoir législatif et non judiciaire.

C’est une pierre de plus dans le panier de monsieur Macron, donné pour vainqueur dimanche prochain, lui qui se dit prêt à toutes les audaces sociétales…

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