Interdire le parachutage électoral : et une fausse bonne idée de plus !

Colonel à la retraite
 

Quand va-t-on arrêter de vouloir encadrer, quadriller, conditionner et finalement limiter l’exercice de la vie politique française sous couvert de moralisation ? Nous sortons à peine de l’accouchement pénible d’une loi « pour la confiance dans la vie politique » qu’un député LR de la Sarthe, Jean-Carles Grelier, voulant sans doute faire parler de lui, vient d’annoncer dans Ouest France qu’il allait déposer une proposition de loi pour interdire le « nomadisme électoral », autrement dit le parachutage.

Une pratique qui est aussi ancienne que notre démocratie représentative. Le Vendéen Clemenceau ne se présenta jamais dans son département et alla se faire élire dans le Var en 1885 après avoir été député de la Seine de 1876 à 1885. Plus près de nous, on se souvient de Michel Debré, qui alla planter sa tente de nomade électoral à La Réunion en 1963 alors qu’il avait été sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958 et qui se fit même élire maire d’Amboise en 1966, tout en gardant son mandat d’outre-mer. Et Hollande parachuté en Corrèze où il retomba toujours sur ses pattes arrière ? Sans parler de Chirac qui, comme Joséphine Baker, avait deux amours : son pays (la Corrèze) et Paris… Autres temps, autres mœurs.

Cette pratique serait donc l’une des causes du désaveu des Français pour la vie politique, si l’on en croit l’élu sarthois. En effet, déclare-t-il, « comment leur [les Français] en vouloir lorsque ces candidats, ces hommes politiques se disent représentants d’un territoire dans lequel ils ne résident pas ? » Et de citer l’exemple flagrant de M. Mélenchon, qui « se présente à Marseille mais habite dans les beaux quartiers de Paris ». Dans un souci de parallélisme des formes, M. Grelier aurait pu aussi évoquer François Fillon, dont il fut proche, député de la Sarthe des décennies durant, qui alla se faire élire en 2012, justement, dans ces fameux beaux quartiers de Paris…

Si l’élection de M. Mélenchon est incontestable – après tout, le juge est bien le peuple qui l’a élu sans regarder s’il avait un parachute dans le dos -, il est vrai aussi que le leader de La France insoumise n’a été élu à Marseille qu’avec moins de 20 % des inscrits. Ça pose question, comme on dit. Mais M. Grelier qui, semble-t-il, se revendique comme un enraciné, ne l’a été, lui, qu’avec à peine plus de 20 % des inscrits… Pas de quoi, non plus, pavoiser. Pas de quoi, non plus, déduire un lien de causalité entre « nomadisme électoral » et défection de l’électorat.

Par ailleurs, M. Grelier se trompe lorsqu’il fait du député le représentant d’un territoire. C’est peut-être le rôle que les usages en ont fait, avec derrière cela un vieux fond de clientélisme, mais le député est d’abord, surtout, essentiellement un élu de la nation chargé de voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Le rôle de représentant des territoires – des collectivités – incombe aux sénateurs et, du reste, à ce titre, il est curieusement paradoxal qu’on ait interdit le cumul d’un mandat exécutif local avec celui de sénateur.

À force de vouloir multiplier les critères (parité, non-cumul des mandats et peut-être bientôt limitation dans le temps du nombre de mandats), on en vient à limiter, contraindre, canaliser la souveraineté du peuple. Mais c’est sans doute le but recherché…

Le scandale n’est pas que le Parisien Mélenchon aille se faire élire à Marseille. Le scandale réside dans le fait que plus de 30 % des Français ne sont représentés aujourd’hui que par huit députés. De là vient sans doute plus ce désaveu évoqué par M. Grelier. On connaît la solution : la proportionnelle. Mais M. Grelier, comme la formation politique à laquelle il appartient, y est sans doute opposé. Toujours l’histoire de la paille et de la poutre.

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