Editoriaux - Environnement - 18 octobre 2018

Interdiction du glyphosate : un progrès pour l’environnement ?

Il y a quelque temps, le témoignage d’un apiculteur condamnant un propriétaire forestier qui utilisait du glyphosate dans sa plantation de conifère, ce qui eut comme conséquence désastreuse la perte de ses abeilles, a indigné la Toile. Au-delà de l’émotion produite par la disparition des abeilles, il convient de rappeler dans quelles conditions doit s’utiliser cet herbicide en sylviculture : en hiver, sur des plantations de feuillus, lorsque ceux-ci n’ont plus de feuilles, pour réduire le roncier (qui, lui, a encore des feuilles) et l’empêcher d’étouffer les jeunes plantes. L’utiliser sur des résineux, comme il est pulvérisé avec une espèce de lance à incendie, est idiot car l’on risque de tuer ses propres arbres. De même, l’utiliser à une période où les abeilles sont de sortie (c’est-à-dire hors de l’hiver) est également dangereux pour les arbres, et donc contre-productif pour une exploitation sylvicole. Pour conclure sur ce cas, la présence de plantes entre les arbres favorise leur croissance. Bref, une telle utilisation est juste imbécile.

Le cas des forêts est marginal, et l’agriculture consomme plus de glyphosate que la sylviculture. Que signifie l’arrêt du traitement herbicide sur des parcelles ? Il faut travailler plus la terre, plus de passages de tracteur hors période de culture pour empêcher l’invasion par les mauvaises herbes. Cela use plus rapidement du matériel agricole et entraîne une augmentation de la consommation de carburant, c’est-à-dire plus de rejet de dioxyde de carbone et, évidement, un surcoût. L’augmentation de la consommation de carburant peut être estimée à environ 25 %. Le coût écologique du remplacement du matériel serait plus complexe à évaluer.

Loin de moi l’idée de défendre les intérêts de Monsanto, que chacun met derrière la prolongation de l’autorisation du glyphosate, mais est-ce vraiment leur intérêt ? Le glyphosate est tombé dans le domaine public et l’agriculteur de base commandera plus facilement un produit générique, qui lui coûtera bien moins cher. Monsanto, de son côté, trouvera vite un nouvel herbicide pour l’écouler à un prix élevé sur le marché.

Phrase entendue dans une coopérative agricole : « Auriez-vous du glyphosphate pour mettre dans mon étang pour tuer les algues ? » Un particulier, dans ce cas, provoquerait bien plus de dégât que l’agriculteur, qui utilise le moins de produit possible en raison du coût engendré par le procédé. En dehors de ce cas extrême, les jardiniers amateurs sont plus enclins à abuser de produits chimiques que les agriculteurs. Le principal problème, dans l’utilisation des herbicides et pesticides, est l’imbécillité de certains utilisateurs. Peut-être devrait-on passer une loi pour interdire l’imbécillité, mais jamais aucune majorité parlementaire ne voterait un tel texte, au risque de voir interdire son propre parti.

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