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Les indices socio-économiques, Macron, de Gaulle, et les Français mécontents

Avocat, universitaire, essayiste
 

Des messages contradictoires parviennent aux Français six mois après le début de l’étrange élection d’un inconnu : Emmanuel Macron. Devins et oracles nous affirment que l’on assisterait à une reprise économique, un frémissement… Nos anciens vous diront avoir entendu, des dizaines de fois dans leur vie, les vaticinations de ces professionnels du mensonge sur le « bout de tunnel », cette « reprise en vue »…

Pourtant, depuis le choc pétrolier (1973), la crise asiatique (1997), la mondialisation totale et l’euro (2002) puis le crash financier (2008), la France a perdu plus d’un million et demi d’emplois industriels (la part de son industrie dans le PIB ayant reculé des deux tiers), son agriculture est laminée, sa jeunesse diplômée fuit vers les mondes anglo-saxons. De plus, les indicateurs utilisés pour ces prédictions sont faux : la baisse du chômage ne tient pas compte de l’exode des jeunes Français, et le PIB serait négatif si on en retranchait la fausse monnaie fabriquée par la finance ou, plus simplement, si on le mesurait par habitant et en euros réels.

Venons-en à deux sujets en apparence sans rapport l’un avec l’autre : la baisse de la confiance accordée par les Français à Emmanuel Macron ; la commémoration de la mort du général de Gaulle (9 novembre 1970). Cet anniversaire funèbre a pris, cette année, une ampleur particulière : alors que sa 47e commémoration n’avait rien de particulier, des politiciens de toute sorte se sont pressés dans le petit cimetière de Colombey, chacun essayant d’y montrer son image d’héritier rassurant.

Plus curieux encore : on a assisté à une éclosion de politiciens néophytes et de chroniqueurs inconnus, multipliant les comparaisons entre de Gaulle et Macron, et concluant que ce (bizarre) Président était bien le de Gaulle des temps modernes. Mieux encore : que si de Gaulle revenait, il ferait ce que fait Macron ! Pour ces chantres, les critères de cette analogie seraient la volonté autocratique et le goût de la grandeur. Voire l’adaptation au mondialisme ! Mais une telle analogie n’existe que dans les rêves carriéristes des flatteurs. Ils ignorent, oublient ou, plus vraisemblablement, feignent d’ignorer l’abîme qui sépare les deux hommes. Homme de guerre traversant l’adversité, homme très traditionaliste, il restera avant tout connu dans les livres d’histoire comme un farouche défenseur de l’indépendance nationale (OTAN, USA, Bruxelles), pour sa conception économique d’un État de type colbertiste, entouré de conseillers à la forte personnalité, partisan de la participation et de l’intéressement, attaché à maintenir une très puissante armée, défiant à l’égard de la finance… Bref, aux antipodes.

Mal élu, et par défaut, d’un pays où l’on ne va d’ailleurs plus voter, Macron est ultralibéral en économie, ultra-européen fédéraliste, atlantiste, ami du CAC 40 faisant la politique à la corbeille, favorable à toutes demandes sociétales, même ultraminoritaires, taxant les classes moyennes, exonérant les super-riches, ignorant la fraude ou l’évasion fiscales, abaissant les droits des travailleurs. Et entouré de personnages falots, dont on s’ennuierait de retenir les noms et les visages.

Qui, dès lors, sera surpris du mécontentement persistant, ou même amplifié, des Français à son égard alors même qu’aucun leader n’émerge de l’opposition pour dénoncer les aberrations et les échecs ? Un sondage Harris Interactive du 5 novembre dresse un bilan très négatif des six premiers mois d’Emmanuel Macron à l’Élysée : un Français sur trois, seulement, se dit satisfait. Le leitmotiv macronien « ni droite ni gauche » ne trouve pas grâce, 41 % l’assimilant à une politique de droite et 5 % de gauche. Les deux tiers estiment que cette politique profite « aux catégories supérieures » ; seuls 27 % des Français lui font confiance pour « accroître le pouvoir d’achat », et 26 % pour « rassembler les Français »… Les mesures les plus impopulaires sont « l’augmentation de la CSG » (45 %), « la baisse de cinq euros mensuels des APL » (41 %), la réforme de l’ISF (40 %), « la réforme du Code du travail » (35 %). Quant à « la suppression de la taxe d’habitation » (positive pour 80 % des Français), il se pourrait que, la mesure s’avérant nécessairement désastreuse pour le fonctionnement des communes, leur opinion évolue prochainement. Ne considérons que brièvement les opinions sur la politique internationale, 51 % estimant M. Macron capable d’assurer « un poids important de la France au niveau international » et « la sécurité de la France » (44 %). Car le public est peu au fait de ces question complexes qui lui paraissent, à tort, éloignées de leur sort quotidien immédiat.

Lorsque, confronté à l’échec, Emmanuel Macron sortira de son ambiguïté ou de la dissimulation de ses vrais objectifs, ce sera très grave car notre pays glisse déjà vers l’abîme. Et il n’a ni le fond ni le charisme pour l’en sauver.

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