Editoriaux - Environnement - Politique - 16 octobre 2018

Indécence sur le front des inondations : nos politiques sont des charognards

Je vous disais, hier, qu’on n’avait pas fini d’en voir et d’en entendre sur le front de la démagogie. À ce jeu, en effet, tout est bon, jusqu’à l’absurde et l’indécent.

Ainsi en va-t-il des politiques qui, sans vergogne, surfent sur tout.

L’Aude, depuis deux jours, occupe toute l’actualité. On compte les morts et on ne compte plus les maisons ravagées par les eaux torrentielles et la boue, tant il y en a. Désastre d’un nouvel « épisode cévenol » pour lequel il faut absolument trouver des coupables.

Il tombe 300 litres d’eau au mètre carré en quelques heures ? Vite, des noms ! Des adversaires politiques, de préférence, à clouer au pilori. Chacun y va de son couplet sans attendre ni surtout écouter ceux qui ont des choses à dire. Les météorologues, par exemple, qui expliquent qu’on ne peut alerter à l’échelle nationale sur un phénomène circonscrit sur trente kilomètres. Les maires des communes sinistrées, les pompiers, les gendarmes, qui ont surveillé les cours d’eau sans relâche et ont lancé l’alerte rouge à six heures du matin parce que les vannes du ciel se sont ouvertes au milieu de la nuit.

Qu’importe, au réveil, devant leur café quand les autres nagent dans la boue, nos politiques veulent des coupables : Comment ça, on n’a pas anticipé ! C’est un scandale !

Marine Le Pen : « Il faut absolument que l’on puisse savoir s’il y a des manquements en termes d’aménagement du territoire. Parce que ce n’est pas le premier épisode d’inondations que vit notre pays. »

Jean-Luc Mélenchon : « Un jour ou l’autre, on finira par avoir besoin d’un véritable gouvernement de salut public écologique, capable de commencer à prendre des dispositions anticipant des situations de ce type, et prévoyant de les éviter. »

Olivier Faure : « Il y a la nécessité de vérifier ce qu’il (sic) s’est passé. Est-ce qu’on pouvait prévenir, est-ce qu’on pouvait anticiper, est-ce qu’il y a une faute ? De la part de qui ? Quel acteur ? »

Oui, il fait très chaud, cet automne. Oui, plus grave que le pet des moutons et le rot des vaches, le champ magnétique de la Terre se modifie, et celui de notre Soleil également. Et si ça continue, on pourrait bien avoir très très très chaud dans les siècles qui viennent. Il paraît que c’est un cycle de plusieurs milliers d’années, qui dépasse donc de loin notre misérable condition d’humains. Nos querelles sont juste à la mesure de notre prétention face à la nature : incommensurables.

Z’aviezka, yfokon… Laissez-moi donc la place et je ferai mieux… Rien ne change, c’est toujours le même refrain. On va voir ce qu’on va voir, et au bout du compte, on ne voit rien. Les politiques, c’est triste à dire, sont tous des charognards du malheur.

Je ne sais pas si Mélenchon a lu Les Facéties du sapeur Camember (1), pas plus, sans doute, que Marine Le Pen ou Olivier Faure. C’est dommage. S’ils avaient lu cette BD vieille de plus d’un siècle, il leur apparaîtrait comme une similitude entre la pensée affûtée de François Baptiste Ephraïm Camember et leurs fines analyses.

Ayant embrassé la carrière des armes, devenu homme du génie, l’obscur natif de Gleux-lès-Lure sut y déployer une intelligence jusqu’alors « obscurcie par le terre-à-terre des préoccupations agricoles ». Certes, les temps ont changé, et nos censeurs ont la comprenoire davantage obscurcie par le terre-à-terre des préoccupations politiques, même et surtout lorsque planquées derrière le paravent écolo. Qu’importe, il y a chez Camember des idées à prendre.

Ainsi, dans sa grande sagesse, le sapeur essayait-il la pompe à incendie la veille de chaque sinistre. C’est un peu ce qu’ils réclament, non ?

(1) Les Facéties du sapeur Camember est une BD française créée par Christophe et parue dans Le Petit Français illustré sous forme de feuilleton entre 1890 et 1896.

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