Impérialisme US : John le Carré remet les choses au point

Plus un jour sans que le feuilleton des grandes oreilles de la NSA ne vienne égayer nos journaux télévisés. Ainsi, Bild, l’un des quotidiens les plus lus d’Allemagne, affirme que, dès 2010, Barack Obama était au courant des écoutes permanentes des téléphones personnel et professionnel du chancelier allemand Angela Merkel. Il va sans dire que la NSA dément. Il va également de soi que le président américain assure « qu’il n’était pas au courant de cette surveillance et qu’il y aurait mis fin s’il en avait été informé », à en croire l’hebdomadaire Der Spiegel.

En fait, notre Figaro, pourtant peu connu pour son anti-atlantisme forcené, rappelle que ces écoutes avaient commencé dès 2002, alors qu’Angela Merkel était encore dans l’opposition, soit trois ans avant de succéder à Gerhard Schröder, lui aussi espionné, au même titre que les Espagnols, c’est dire…

Dans cette affaire, c’est un Anglais qui vient donner des leçons de souveraineté à notre vieille Europe. Ce n’est pas le plus anodin des Anglais, s’agissant de John le Carré. Sa parole est rare, donc d’importance. Ainsi, dans Le Nouvel Observateur du 17 octobre dernier, hebdomadaire dont il fait la une, l’octogénaire depuis longtemps retiré dans sa chaumière, surplombant une falaise des Cornouailles, balance enfin tout ce qu’il sait. Morceaux choisis :

Affaires Assange et Snowden. « Hormis The Guardian, personne en Grande-Bretagne, pas même la BBC, n’a ouvert le débat. […] D’une part, nous savions tout cela confusément, même si nous étions loin d’imaginer l’ampleur des implications. D’autre part, la propagande antiterroriste, qui est devenue un véritable marché, a pleinement atteint son but. Dans l’esprit d’un Américain, il n’y a pas de plus grande menace que le terrorisme. »

La guerre d’Irak de 2003. « Lorsque les services secrets britanniques poussaient à une intervention militaire en Irak, ils ont montré certains documents secrets et mensongers à des parlementaires triés sur le volet, qui ont ensuite fait pression sur leurs pairs au nom du patriotisme. Ce sont des méthodes de chantage et d’intimidation, fondées sur un sentiment de supériorité arrogante d’une “élite” coupée des réalités. »

Et maintenant ? « Chaque fois que l’Occident installe ou soutient un dirigeant laïc à la tête de ce qui n’est même pas une nation, mais plutôt une communauté divisée, une mosaïque de groupes religieux et ethniques, cette dictature finit par s’effondrer, parfois de notre propre initiative, et c’est le chaos qui lui succède. […] Le seul résultat positif que j’y vois aujourd’hui, c’est que cette fois, les Américains et les Britanniques ont enfin l’air d’avoir retenu la leçon, comme en témoigne le rapprochement avec l’Iran et l’humiliation de Netanyahou qui n’a plus de prétexte pour bombarder Téhéran. »

Et le meilleur pour la fin : « Les USA ont toujours considéré comme unique solution à leur paranoïa, à leur hantise du monde extérieur, le conflit armé – ou bien, en ce qui concerne les services secrets, les opérations de subversion clandestine, comme en Iran en 1953, au Guatemala et dans toute l’Amérique latine. Le problème, c’est que nous, les Occidentaux, percevions comme forcément hostile toute tentative d’autodétermination, toute revendication de souveraineté nationale ou de non-alignement. C’est une honte, une tache, sur notre histoire, et la raison de cet état de guerre perpétuel. »

“État de guerre perpétuel” dont nous, vieux Européens, faisons un peu trop souvent les frais. Au prix du sang de nos soldats.

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