Editoriaux - Presse - Union Européenne - 31 mai 2018

Immigration : Gérard Collomb ne vire sa cuti que par opportunisme

Pour un agrégé de lettres classiques, on eût apprécié qu’il se gardât du lexique anglo-saxon cher à notre Président. Las ! Gérard Collomb, devant la commission des lois du Sénat, n’a pu s’empêcher de déclarer que les migrants faisaient du « benchmarking » pour choisir leur terre d’asile. Il est vrai que le terme français de « parangonnage » aurait sans doute été du chinois pour beaucoup de sénateurs, mais s’il avait parlé d’« évaluation comparative », tout le monde aurait compris.

Inutile de préciser qu’en anglais ou en français, l’idée même que les migrants comparent les législations européennes avant de choisir dans quel pays tenter leur chance a heurté les âmes de gauche : elles sont nombreuses dans les troupes LREM, promptes à s’émouvoir du sort des victimes quand ce ne sont pas des Français, sans reconnaître que tous ne fuient pas la famine et la guerre. Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, avait déjà expliqué que « quand on vient du Darfour, on peut décider de faire du shopping de l’asile et qu’on sera mieux en Suède qu’en Italie ». Elle avait dû présenter ses excuses. Sans compter que l’argument ne tient pas, puisqu’une fois entré dans un pays de l’Union européenne, on peut facilement passer chez le voisin.

Si Gérard Collomb fait les gros yeux et promet d’être ferme, allant jusqu’à dire que « certaines régions sont en train de se déconstruire parce qu’elles sont submergées par les flux de demandeurs d’asile », ce n’est pas qu’il ait viré sa cuti : c’est d’abord parce qu’il se trouve devant le Sénat, dominé par la droite, où il convient de paraître plus sévère. Il lui faut, aussi, apaiser l’inquiétude d’une majorité de Français, hostiles à l’accueil des migrants. Quand on sait que la loi prévoit, pour les mineurs, de faciliter la réunification familiale, on peut se demander s’il les prend pour des imbéciles ou s’il n’estime pas que la partie est perdue d’avance.
Sur le fond, il n’a pas changé. Dans son communiqué de presse du 22 avril 2018, il se félicite de l’adoption, par l’Assemblée nationale, de son « projet de loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie », périphrase triomphaliste pour désigner le projet de loi Asile et Immigration. Il veut aussi « homogénéiser le droit et les pratiques européennes », ce qui montre que, dans ce domaine aussi, comme son maître, il pense à l’Europe avant de penser à la France. Avec une certaine hypocrisie, car il est plus probable que la France prenne exemple sur l’Allemagne que sur la Hongrie ou la Pologne.

Hypocrisie partagée avec les instances officielles de l’Europe, qui entretiennent une ambiguïté sur la nature de l’immigration. Le site Touteleurope.eu, qui s’autoproclame « le site de référence sur les questions européennes », précise que « l’Europe a toujours été une terre d’immigration ». Et de mettre sur le même plan l’arrivée, au XXe siècle, des républicains espagnols en France, des pieds-noirs en 1962 ou encore des Yougoslaves en Europe de l’Ouest, en 1992, et les Syriens, Irakiens, Érythréens, Afghans et Somaliens qui ont fui leur pays pour rejoindre l’Europe depuis 2015.

Notre ministre de l’Intérieur devrait savoir que ces populations ne posent pas toutes les mêmes problèmes d’intégration. Il joue au matamore en paroles, mais se comporte en loser – pardon : en perdant – dans les actes.

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