Editoriaux - Histoire - 1 août 2018

Il y a 75 ans, la révolte au camp de Treblinka

C’est un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale. Le 2 août 1943, un groupe de détenus, pressentant la fin du camp de Treblinka et, par conséquent, l’exécution de tous les prisonniers, se soulèvent et se révoltent contre leurs tortionnaires. Quitte à mourir, autant le faire les armes à la main.

Treblinka est tout d’abord camp de travail forcé, initialement destiné aux Polonais qui avaient « porté atteinte » aux troupes d’occupation (Treblinka II). Situé au nord-est de Varsovie, il est disposé sur trois secteurs : le secteur 1 est affecté aux logements des gardes et aux locaux administratifs ; le secteur 2 est notamment composé de hangars de stockage et baraquements pour les prisonniers. Les hommes et les femmes sont séparés. Treblinka est aussi un camp d’extermination (Treblinka II), même s’il ne dispose pas de fours crématoires. Car c’est dans le secteur 3 que sont disposées les chambres à gaz permettant d’assassiner 3.000 Juifs par heure. Les corps sont ensuite enterrés dans des fosses communes, elles aussi présentes dans ce secteur 3 à proximité d’autres baraquements.

Rares sont les témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé le 2 août 1943. Aujourd’hui, il n’en reste plus aucun. Le dernier survivant de Treblinka, qui était aussi l’un des révoltés, Samuel Willenberg, est mort le 21 février 2016 à l’âge de 93 ans. Combien étaient-ils à l’origine de la révolte ? 100, 200, 300 ? Toujours est-il que ces hommes parviennent, à l’armurerie, à se saisir de revolvers et de fusils. Certains mettent le feu aux baraquements. « Les bâtiments s’effondraient dans un fracas retentissant ; le sifflement des balles couvrait le bourdonnement des mouches. Et l’on voyait, dans l’air transparent, s’abattre les haches rougies ; le sang impur des SS abreuvait le sol dans l’enfer de Treblinka, sous un ciel en fête, un ciel bleu, triomphant, ruisselant de lumière », témoigne Vassili Grossman.

Mais les soldats allemands ont tôt fait de neutraliser plusieurs dizaines de révoltés. Dans la confusion générale, plus de 300 prisonniers (sur les 1.000 qui étaient présents dans le camp ce jour-là) parviennent à s’évader. La SS et la police en rattrapent les deux tiers… qui sont systématiquement et froidement fusillés. Un an plus tard, ils ne sont plus environ qu’une cinquantaine, les autres ayant été éliminés par certains paysans polonais, la Gestapo, les unités spéciales de l’armée allemande, etc.

Action du désespoir, cette révolte précipite la fin de ce camp où ont été exterminés, selon les sources, entre 700.000 et 1,2 million de Juifs, dont plusieurs dizaines de milliers provenant du ghetto de Varsovie. Après le soulèvement, les SS assassinent tous les déportés restés sur place. À la fermeture du camp, tous les Juifs qui y ont travaillé sont gazés au camp de Sobibor et les corps brûlés. La totalité du camp est détruite et remplacée par une ferme. Treblinka est, aujourd’hui, une forêt et un lieu de mémoire.

À lire aussi

Erdoğan aux Australiens : « Souviens-toi de Gallipoli »

Un peu à la manière de Clovis qui fracassa le crâne d’un soldat qui l’avait humilié quelqu…