Editoriaux - Entretiens - Politique - Presse - Religion - 8 janvier 2015

Il faut stopper cette littérature grotesque autour de prétendus « amalgames » !

André Bercoff connaissait Wolinski depuis l’époque d’Hara Kiri, Charb pour avoir débattu quelques fois sur LCI et également l’économiste Bernard Maris, connu sous le pseudonyme d’Oncle Bernard dans Charlie Hebdo. Tous trois figurent parmi les douze morts de la fusillade survenue mercredi dans les locaux du journal satirique puis à l’extérieur.

Quelle réaction après cet attentat islamiste en plein cœur de Paris ?

Que dire… La tristesse pour toutes ces victimes et leurs familles d’abord. Mais il y a une logique de l’atrocité et l’atrocité de la logique… Le propre des fanatiques est de dire ce qu’ils vont faire et faire ce qu’ils ont dit. Nous étions prévenus : des vidéos de l’État islamique appellent à tuer, à frapper en France. Cet attentat était dans leur logique. Cela n’excuse évidemment rien mais nous le savions, ces fanatiques ne cessent de répéter que toute atteinte à leurs croyances doit être punie de la façon la plus spectaculaire et atroce qui soit. C’est ce qui s’est passé mercredi à Paris.

Mais il y a aussi une part d’indignation dans ma réaction, car beaucoup de gens ont continué et continuent d’ailleurs à ne pas prendre au sérieux la menace que représentent ces fanatiques. Ceux-ci sont minoritaires, mais ce sont des minorités agissantes. Et les minorités agissantes font toujours plus de dégâts que les majorités.

Comment la France peut-elle ou doit-elle répondre selon vous ?

Il y a d’abord la réponse sur le court terme, classique : la réponse policière, citoyenne et – pourquoi pas ? – militaire. Il faut une vigilance de tous les instants. Nous savons qu’ils ont cette volonté de tuer, de faire mal et de punir au sens le plus littéral et le plus atroce du terme.

Mais il y a ensuite la réponse sur le long terme qui est la question centrale. Il y a une minorité de fanatiques qui veulent imposer leur vision du monde, leur interprétation du bonheur humain, leur diktat religieux et qui sont prêts à prendre en otage tout le monde, y compris les musulmans qu’ils massacrent encore plus que les autres. On ne peut pas parler de guerre mondiale mais de guerre idéologique qui utilise la religion comme formidable vecteur…

La France doit maintenant regarder de près ce qui s’enseigne dans les écoles, ce qui se prêche dans les salles de prière.

Il faut être déterminé parce que nous savons tous que cette lutte durera très longtemps. Mais il faut continuer à espérer que l’instinct de vie l’emporte sur ces pulsions de mort. De Pol Pot à Daech, il faut continuer à tout faire pour que la liberté l’emporte.

Vous parlez de guerre. La France est-elle en état de guerre ?

C’est une guerre qui est déclarée dans le monde entier, à tous ceux qui ne s’adaptent pas à l’idéologie, aux croyances, au mode de vie de ces fanatiques islamistes. La France est désormais l’un des territoires de cette guerre mais elle n’est pas le seul et le combat n’est pas circonscrit dans nos frontières. Il y a eu New York, Madrid, Londres, Bruxelles… Le territoire est extrêmement étendu. Et cette guerre prendra malheureusement plus de quelques mois, peut-être même plus que quelques années…

On parle beaucoup de liberté d’expression depuis cet attentat… Peut-être est-ce le moment d’avoir enfin la liberté de nommer clairement cette menace ?

Si la liberté de la presse n’autorise pas à pouvoir dire les choses clairement, elle ne sert effectivement à rien. Il faut pouvoir poser toutes les questions : ne pas avoir réponse à tout mais question à tout. Parce qu’il faut stopper cette littérature grotesque autour de prétendus « amalgames ». En dehors de ce qui tombe déjà sous le coup de la loi, il ne devrait pas y avoir de sujet tabou. De grâce, cessons d’empêcher les gens de parler.

Aucune religion, politique, idéologie ne doit pouvoir être au-dessus de la critique. Quitte à répondre intelligemment à ces critiques… C’est ce qu’on appelle la liberté, en effet. Nous le voyons, elle est fragile. Il faut donc la veiller fermement à moins de vouloir vivre dans la tranquillité du 1984 d’Orwell ou du Silence des agneaux… Pendant la guerre d’Espagne, l’un des généraux fascistes avait pour slogan « Viva la muerte ». De ce point de vue-là, le fascisme est bien vivant, nous venons encore une fois de l’apprendre dramatiquement.

Entretien réalisé par Charlotte d’Ornellas

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